7. Quels traitements ?
La prise en charge de l'insuffisance veineuse chronique repose sur plusieurs niveaux de traitement, qui peuvent être combinés selon la sévérité de la maladie et les caractéristiques de chaque patient.
La compression veineuse : le pilier du traitement
La compression élastique est le traitement de base de toute insuffisance veineuse chronique, quel qu'en soit le stade. Elle agit en exerçant une pression continue sur la jambe, ce qui réduit la dilatation des veines, améliore le retour veineux vers le cœur, diminue l'œdème et soulage les symptômes fonctionnels.
Elle se décline en plusieurs formes :
Chaussettes de contention veineuse
Des bas de contention (à mi-cuisse)
Des collants de contention
Ou des bandes élastiques de contentio
Ainsi qu’en quatre classes de pression croissante :
La classe I (10 à 15 mmHg) est indiquée pour les formes d’insuffisance veineuse légères et fonctionnelles.
La classe II (15 à 20 mmHg) convient aux œdèmes débutants ou après une chirurgie des varices ou une sclérothérapie.
La classe III (20 à 36 mmHg) est réservée aux personnes ayant des troubles cutanés liés à l’insuffisance veineuse, aux œdèmes importants et aux maladies post-phlébitiques.
La classe IV (au-delà de 36 mmHg) s'adresse aux insuffisances veineuses chroniques profondes les plus sévères.
La compression élastique se met le matin avant de se lever, car il faut l'enfiler avant que l'œdème ne se constitue, et s'enlève le soir au coucher.
Des dispositifs enfile-bas sont disponibles en pharmacie pour faciliter la mise en place, notamment pour les personnes âgées ou peu mobiles.
Le choix de la classe et du type de compression est prescrit par le médecin en fonction de la sévérité de la maladie.
Deux autres formes particulières de compression veineuse existent:
La compression non/peu élastique
Ce type de compression agit surtout lors de la marche.
Au repos, elle exerce peu de pression, ce qui la rend généralement confortable, même la nuit. En revanche, dès que les muscles du mollet se contractent (par exemple en marchant), elle devient active : elle exerce alors une pression plus forte qui aide le sang à remonter vers le cœur.
Elle est particulièrement utile lorsque la circulation artérielle est fragile, car elle évite de comprimer excessivement la jambe au repos. Elle limite aussi le gonflement du muscle et la formation d’œdèmes.
La compression multicouche
Ce type de compression est plus puissant. Il utilise plusieurs bandes superposées pour exercer une pression importante, surtout au niveau de la cheville. Elle est utilisée pour le traitement des ulcères veineux : plusieurs bandes sont posées sur la jambe par un infirmier et laissées en place jour et nuit, changées une à deux fois par semaine lors des soins de la plaie.
Les contre-indications à la compression sont peu nombreuses mais importantes : une artérite sévère des membres inférieurs (maladie des artères) et une insuffisance cardiaque décompensée.
Les traitements interventionnels : en cas d’insuffisance veineuse superficielle isolée uniquement
Lorsque l'insuffisance veineuse est liée à un reflux isolé dans le réseau superficiel, sans atteinte du réseau profond, un traitement interventionnel peut être proposé pour supprimer la veine incontinente et ainsi corriger le reflux à sa source.
Les techniques thermiques endoveineuses (laser endoveineux ou radiofréquence) consistent à introduire par ponction une fine sonde à l'intérieur de la veine, puis à la chauffer pour la coaguler et la fermer de l'intérieur. L'intervention se déroule sous anesthésie locale, en consultation, sans hospitalisation, et permet une reprise d'activité quasi immédiate.
La sclérothérapie consiste à injecter à l'intérieur de la veine un produit chimique sclérosant (sous forme liquide ou de mousse) qui va irriter la paroi veineuse, provoquer une réaction inflammatoire et conduire à la fermeture de la veine. Elle est guidée par échographie pour les veines de taille significative.
La chirurgie classique par stripping, qui consiste à retirer chirurgicalement la veine saphène après incisions cutanées, est encore pratiquée mais tend à être remplacée par les techniques endoveineuses moins invasives. Elle reste indiquée dans certaines situations particulières ou lorsque les techniques thermiques ne sont pas réalisables.
Le choix entre ces différentes techniques est fait par l'angiologue ou le chirurgien vasculaire en fonction des résultats de l'échographie doppler, de l'anatomie des veines et des caractéristiques du patient.
Les médicaments veinotoniques
Les médicaments veinotoniques, présentés sous forme de comprimés ou de gels, peuvent apporter un soulagement des douleurs et des sensations de jambes lourdes. En revanche, ils n'ont aucune action démontrée sur le diamètre des varices ni sur la progression de la maladie.
Leur efficacité est jugée insuffisante par la Haute Autorité de Santé pour justifier un remboursement par l'Assurance Maladie.
Ils peuvent néanmoins être utilisés en complément d'une prise en charge globale, sur prescription médicale, pour améliorer le confort au quotidien.
Les cures thermales
La cure thermale, ou crénothérapie, peut représenter une option supplémentaire chez les patients insuffisamment soulagés par les autres traitements. Elle associe des soins à base d'eau thermale (jets d'eau froide, bains, mobilisation aquatique) qui améliorent la circulation veineuse et réduisent les symptômes. Les cures thermales sont remboursées par l'Assurance Maladie sur prescription du médecin traitant ou du médecin vasculaire. La mutuelle peut rembourser le ticket modérateur des frais thermaux et médicaux.
8. Quel suivi ?
L'insuffisance veineuse chronique est une maladie évolutive et, à ce titre, elle nécessite un suivi régulier sur le long terme. La fréquence des consultations dépend du stade de la maladie.
La surveillance vise à évaluer l'évolution des symptômes et des signes cliniques, à vérifier l'efficacité du traitement (compression, médicaments, suites d'un geste interventionnel), à dépister d'éventuelles complications et à adapter la prise en charge si la maladie progresse.
Il est également important d'adapter régulièrement la classe de compression en fonction de l'évolution clinique, car les besoins peuvent changer avec le temps.
Les bas de compression s'usent aussi et doivent être renouvelés tous les six mois environ pour conserver leur efficacité.
Après une phlébite, le suivi est encore plus rigoureux justifie une surveillance rapprochée et une compression maintenue à long terme.
9. Conseils pratiques et idées reçues
Bouger, la meilleure des thérapies
La marche régulière est l'un des meilleurs remèdes contre l'insuffisance veineuse. À chaque pas, les muscles du mollet se contractent et compriment les veines profondes comme une pompe, propulsant le sang vers le haut. Cette pompe musculaire est un mécanisme essentiel du retour veineux. L'exercice physique adapté (natation, vélo, aquagym etc.) est donc fortement recommandé. À l'inverse, rester assis ou debout sans bouger est particulièrement néfaste : si vous travaillez dans cette position, pensez à faire des pauses en marchant quelques minutes toutes les heures et à faire des flexions-extensions des pieds régulièrement.
Surélever les jambes
Allonger les jambes surélevées au-dessus du niveau du cœur, en posant les pieds sur un coussin ou en relevant le pied du lit de quelques centimètres, réduit la pression veineuse et soulage rapidement les symptômes en fin de journée. C'est un geste simple, efficace et totalement gratuit.
Éviter la chaleur
La chaleur est l'ennemie des veines : elle provoque leur dilatation et aggrave tous les symptômes de l'insuffisance veineuse. Bains chauds, hammam, sauna, chauffage au sol, exposition prolongée au soleil sur les jambes sont autant de situations à éviter ou à limiter.
Le froid, à l'inverse, est bénéfique : une douche froide sur les jambes en fin de journée peut apporter un soulagement immédiat.
Adapter son alimentation et son poids
Le surpoids aggrave la pression veineuse dans les jambes et favorise la progression de la maladie. Une alimentation équilibrée et une activité physique régulière, en maintenant un poids de forme, contribuent à freiner l'évolution de l'insuffisance veineuse. Une alimentation peu salée réduit également la rétention d'eau et l'œdème.
La compression veineuse : le traitement de référence
Le port d’une compression veineuse reste l’un des moyens les plus efficaces pour lutter contre l’insuffisance veineuse. Il peut s’agir de chaussettes, de bas, de collants ou de bandes de contention.
Choisir ses chaussures et ses vêtements
Les talons hauts (au-delà de 5 à 6 centimètres) réduisent l'amplitude de mouvement de la cheville et diminuent l'efficacité de la pompe musculaire du mollet. Une hauteur de talon modérée (entre 3 et 5 cm) est idéale.
Éviter le port de vêtements trop serrés
Les vêtements trop serrés à la taille ou aux cuisses gênent le retour veineux et sont à proscrire.
La grossesse
La grossesse est une période à haut risque pour les veines. Dès les premières semaines, l'augmentation des hormones relâche la paroi veineuse, et au fil des mois, l'utérus grossissant comprime les veines du bassin et gêne le retour veineux. La compression veineuse, portée dès le matin, est fortement recommandée pendant toute la grossesse et dans les semaines suivant l'accouchement. Parlez-en à votre médecin ou à votre sage-femme dès le début de la grossesse.
Fausses idées reçues
« Les varices, c'est juste esthétique. »
Faux. Les varices sont le signe d'une insuffisance veineuse sous-jacente qui peut évoluer vers des complications sérieuses (phlébite, ulcère) si elle n'est pas prise en charge.
« Les veinotoniques suffisent à traiter l'insuffisance veineuse. »
Faux. Ces médicaments peuvent atténuer les symptômes mais n'agissent pas sur l'évolution de la maladie, ne réduisent pas les varices et ne préviennent pas les complications. La compression reste le traitement de base incontournable.
« La compression, c'est réservé aux personnes âgées. »
Complètement faux. La compression est recommandée dès les premiers stades de la maladie, quel que soit l'âge. Les femmes enceintes, les professionnels debout toute la journée et les voyageurs en avion peuvent en bénéficier dès la trentaine.