1. Qu'est-ce que l'insuffisance veineuse chronique ?

Pour comprendre l'insuffisance veineuse chronique, il faut d'abord se représenter le fonctionnement du système veineux à chaque instant. 

Le cœur envoie le sang oxygéné vers les organes et les membres via les artères. Ce sang, après avoir nourri les tissus, doit remonter vers le cœur par les veines et ce, en sens inverse de la gravité. Pour les jambes, cela représente un trajet ascendant de parfois plus d'un mètre contre le poids du corps.

Il existe deux grands réseaux veineux dans les membres inférieurs : le réseau superficiel, situé juste sous la peau et le réseau profond, situé dans la profondeur des muscles et non visible à l'œil nu.

Le retour veineux est rendu possible grâce à deux mécanismes principaux. 

D'une part, les muscles du mollet jouent le rôle d'une véritable pompe : à chaque pas, leur contraction comprime les veines profondes et propulse le sang vers le haut. D'autre part, les veines sont dotées de petites valvules (de minuscules clapets anti-retour) qui s'ouvrent pour laisser passer le sang vers le haut et se referment aussitôt pour empêcher qu'il ne redescende.

L'insuffisance veineuse chronique (IVC) survient lorsque ce système de retour s'enraye. Les valvules, affaiblies ou dilatées, ne se referment plus correctement. Le sang stagne alors dans les veines des jambes et s'y accumule, provoquant une augmentation de la pression à l'intérieur des vaisseaux. Cette hyperpression veineuse, installée dans le temps, est à l'origine de tous les symptômes et des complications de la maladie.

2. Qui est concerné ?

L'insuffisance veineuse chronique est une maladie extrêmement répandue. En France, on estime qu'environ 18 millions de personnes sont touchées à des degrés divers, ce qui en fait l'une des pathologies chroniques les plus fréquentes. 

Elle peut apparaître dès l'âge de 30 ans, et sa prévalence augmente régulièrement avec l'âge.

Les femmes sont beaucoup plus souvent concernées que les hommes : on compte environ une femme sur cinq atteinte d'insuffisance veineuse, contre un homme sur quinze. Cette différence s'explique en grande partie par l'influence des hormones féminines (les œstrogènes et la progestérone) qui fragilisent la paroi veineuse et favorisent la dilatation des vaisseaux. 

Les grossesses constituent une période à risque particulièrement importante, en raison de l'augmentation du volume sanguin, de la compression des veines du bassin par l'utérus et des variations hormonales qui relâchent les tissus veineux.

D'autres facteurs augmentent significativement le risque de développer une insuffisance veineuse : 

  • L'hérédité (avoir un ou deux parents atteints multiplie le risque), 

  • Le surpoids et l'obésité, 

  • La sédentarité, 

  • Les professions impliquant une station debout ou assise prolongée (caissiers, chirurgiens, conducteurs, télétravailleurs...), 

  • L'exposition répétée à la chaleur (bains chauds, hammam, chauffage au sol), 

  • Et les antécédents de phlébite (thrombose veineuse profonde)

3. À quoi ça ressemble ? Quels sont les symptômes ?

L'insuffisance veineuse chronique se manifeste par un ensemble de symptômes qui ont en commun de s'aggraver au fil de la journée et de s'améliorer au repos. 

C'est l'une de ses caractéristiques les plus évocatrices : les jambes sont légères le matin au réveil, et les symptômes s'installent et s'intensifient progressivement au cours de la journée, surtout après une longue station debout ou assise.

La sensation de jambes lourdes est le symptôme le plus fréquent et le plus caractéristique. Elle est souvent décrite comme une fatigue profonde des membres inférieurs, une impression de lourdeur ou d'enflure, qui peut devenir très invalidante en fin de journée ou lors des périodes de chaleur.

L'œdème, c'est-à-dire le gonflement visible des jambes, touche principalement les chevilles et les mollets. Il apparaît en soirée, après une longue journée, et disparaît spontanément après une nuit allongée. Lorsqu'on appuie sur la zone gonflée, on peut parfois laisser une empreinte digitale temporaire dans la peau : c'est le signe du godet.

D'autres symptômes peuvent s'y associer : 

  • Des fourmillements, 

  • Des sensations d'engourdissement ou d'impatience dans les jambes (particulièrement la nuit, pouvant perturber le sommeil), 

  • Des démangeaisons, 

  • Des crampes musculaires surtout nocturnes,

  • Les varices : ces veines dilatées, sinueuses et visibles en relief sous la peau, qui peuvent être inesthétiques et parfois douloureuses, surtout par temps chaud.

À un stade plus avancé, des modifications de la peau peuvent apparaître sur les mollets : une coloration brunâtre de la peau appelée dermite ocre (due au dépôt de pigments sanguins dans les tissus), ou au contraire des zones blanches et atrophiées (l'atrophie blanche) autour des chevilles, témoignant d'une souffrance cutanée chronique.

Tous ces symptômes sont aggravés par la chaleur (bains chauds, hammam, chauffage au sol, forte chaleur estivale), la station debout ou assise prolongée, et soulagés par le froid, la surélévation des jambes, la marche et la compression veineuse.

4. Quelles sont les complications possibles ?

L'insuffisance veineuse chronique est une maladie progressive. Si elle n'est pas prise en charge, elle peut évoluer et engendrer des complications parfois sérieuses.

  • La thrombose veineuse superficielle, aussi appelée paraphlébite, est l'une des complications les plus fréquentes. Elle correspond à la formation d'un caillot de sang à l'intérieur d'une veine dilatée (variqueuse) superficielle. La veine atteinte devient rouge, chaude, dure et douloureuse au toucher. 

  • La thrombose veineuse profonde, ou phlébite, est une complication plus grave. Elle survient lorsqu'un caillot se forme dans le réseau veineux profond. Le risque majeur est que ce caillot se détache et migre vers les poumons, provoquant une embolie pulmonaire. 

  • L'ulcère veineux de jambe est une complication invalidante de l'insuffisance veineuse chronique. Une plaie se forme, le plus souvent à la face interne de la cheville, après des années d'évolution non traitée ou insuffisamment traitée d’IVC. L’ulcère veineux et peut être très difficile et long à cicatriser. Sa prise en charge nécessite des soins réguliers et une compression veineuse adaptée.

Ces complications soulignent l'importance de ne pas négliger l'insuffisance veineuse chronique, même lorsqu'elle est encore à un stade fonctionnel, c'est-à-dire limitée à des symptômes sans lésion visible.