III. Quels examens sont réalisés en cas d’érysipèle ?
Le diagnostic d’érysipèle repose avant tout sur l’examen clinique, devant un tableau typique de ‘grosse jambe rouge aiguë fébrile’. En principe, aucun examen complémentaire n’est indispensable.
Un bilan sanguin peut néanmoins être réalisé : il montre souvent une inflammation, avec une augmentation de la CRP et parfois une élévation des globules blancs.
Il est également important de rechercher :
- La porte d’entrée de la bactérie,
- Les facteurs favorisants.
Dès que le diagnostic est posé, il est recommandé de tracer au feutre les contours de la plaque rouge et/ou de prendre une photo afin de suivre son évolution.
IV. Quel est le traitement de l’érysipèle ?
Le traitement de l’érysipèle repose principalement sur des antibiotiques, le plus souvent pris par voie orale pendant 7 jours, lorsque la forme n’est pas grave, qu’il n’y a pas de maladie associée importante (comorbidité).
Chez l'adulte
- Amoxicilline 50 mg/kg/j en 3 prises, maximum 6 g/jour pendant 7 jours.
- En cas d’allergie, d’autres antibiotiques peuvent être proposés.
Chez l'enfant
- Amoxicilline-Acide clavulanique : 80 mg/kg/j d'Amoxicilline en 3 prises/j (maximum 3 g/j) pendant 7 jours.
- En cas d’allergie, d’autres antibiotiques peuvent être proposés.
Cas particulier : grossesse et allaitement
Selon les recommandations du CRAT (Centre de Référence sur les Agents Tératogènes), l’amoxicilline peut être utilisée à tous les stades de la grossesse, sans risque connu pour le bébé. Si une grossesse est découverte pendant le traitement, celui-ci peut être poursuivi.
En cas d’allaitement, la quantité d’amoxicilline qui passe dans le lait est très faible (moins de 1 % de la dose pédiatrique). Ce traitement est donc généralement considéré comme compatible avec l’allaitement.
Il n’y a pas d’indication à utiliser des antibiotiques par voie locale (c’est-à-dire en crème ou en pommade) : seul un traitement antibiotique par voie orale est recommandé.
Mesures associées importantes
En plus des antibiotiques, il est recommandé de :
- Traiter la porte d’entrée (mycose entre les orteils, plaie, etc.),
- Mettre le membre atteint au repos (jambe surélevée, limiter la marche, parfois avec des béquilles),
- Débuter une contention veineuse (bas de contention) dès que la douleur diminue,
- Vérifier la vaccination contre le tétanos,
- Éviter les anti-inflammatoires (AINS) et les corticoïdes, sauf avis médical.
- Une anticoagulation systématique n’est généralement pas recommandée.
Évolution et surveillance
Une amélioration des lésions, une diminution des douleurs et une disparition de la fièvre sont attendues dans les 48 heures suivant le début du traitement. En l’absence d’amélioration, ou en cas d’aggravation, une hospitalisation peut être nécessaire.
Complications et critères de gravité imposant une hospitalisation
Une hospitalisation est nécessaire dans les situations suivantes :
- Extension rapide des signes locaux (notamment de la rougeur) en quelques heures
- Douleur très intense ou difficulté importante à utiliser le membre atteint (impotence fonctionnelle)
- Signes locaux inquiétants : coloration violacée ou bleuâtre de la peau, bulles, crépitations sous la peau, perte de sensibilité, zone dure dépassant la rougeur, apparition de nécrose
- Altération de l’état général (fatigue intense, malaise, confusion…).
- Aggravation malgré le traitement dans les 24 à 48 heures suivant la mise en route d’une antibiothérapie adaptée
- Présence de maladies associées importantes (comorbidités)
- Obésité morbide
- Insuffisance rénale
- Traitement prolongé par corticoïdes ou anti-inflammatoires (AINS)
- Contexte social défavorable, ne permettant pas un suivi et des soins corrects à domicile
Prévention
Le problème des récidives
L’érysipèle peut récidiver. Les récidives sont même assez fréquentes, estimées entre 10 et 50 % des cas, surtout si certains facteurs de risque persistent.
Elles sont plus fréquentes notamment :
- Chez les personnes ayant eu une ablation de ganglions (lymphadénectomie), par exemple après une chirurgie pour cancer du sein,
- En cas de lymphœdème (gonflement chronique),
- En cas d’obésité,
- Si la porte d’entrée (mycose, plaie, fissure…) n’est pas traitée,
- Chez les personnes ayant des plaies chroniques au niveau des jambes (comme un ulcère lié à un problème vasculaire).
Pour limiter les récidives, il est essentiel de :
- Traiter la porte d’entrée,
- Avoir une hygiène cutanée rigoureuse,
- Porter si besoin des bas de contention,
- Réaliser parfois un drainage lymphatique,
- Corriger les facteurs favorisants quand c’est possible.
Il est important de savoir que l’érysipèle peut lui-même favoriser l’apparition d’un œdème, notamment lymphatique, ce qui augmente ensuite le risque de nouvelles infections : c’est un cercle vicieux.
Antibiotiques en prévention (antibioprophylaxie)
Dans certains cas, un traitement antibiotique préventif peut être proposé chez l’adulte, notamment si les facteurs de risque ne peuvent pas être bien contrôlés et après au moins deux épisodes en un an.
Plusieurs antibiotiques peuvent être prescrits (pénicilline retard en injection, pénicilline orale, ou azithromycine en cas d’allergie à la pénicilline).
La durée du traitement préventif est décidée au cas par cas, en fonction du risque de récidive et de la situation clinique.