I. Qu’est-ce que l’érythème noueux et comment se manifeste-t-il ?

L’érythème noueux (EN) est une réaction inflammatoire de la peau, plus précisément du tissu graisseux situé juste en dessous. Il appartient à un groupe plus large de maladies appelées panniculites, qui regroupent l’ensemble des affections responsables d’une inflammation de la graisse sous-cutanée. L’érythème noueux en est la forme la plus fréquente.

Il ne s’agit pas à proprement parler d’une maladie en soi, mais plutôt d’une réaction inflammatoire qui peut accompagner de nombreuses situations : une infection, une maladie inflammatoire, une prise de médicament, une grossesse, ou encore apparaître sans cause retrouvée.

L’EN n’est pas contagieux.

 

À quoi ressemble-t-il ?

  • L’érythème noueux se manifeste par l’apparition rapide de nouures : ce sont des bosses arrondies, rouges, chaudes, fermes et douloureuses surtout au toucher. 

  • Ces nouures mesurent en général de 1 à 5 cm de diamètre et sont souvent facilement palpables.

  • Leur localisation est très caractéristique : elles siègent presque toujours sur la face avant des jambes, devant les tibias, et sont présentes sur les deux jambes de manière symétrique (voir photos). 

  • Plus rarement, elles peuvent apparaître sur les chevilles, les genoux, les cuisses ou les avant-bras.

  • Un autre élément très caractéristique est l’évolution de la couleur des lésions : au début, les nouures sont rouges. Puis, en quelques jours, elles s’aplatissent et changent de teinte, devenant violacées, puis jaunes-verdâtres, exactement comme le ferait un bleu (une ecchymose).

  • Les lésions d’EN guérissent sans laisser de cicatrice.

  • Les lésions peuvent coexister à différents stades chez une même personne, certaines étant encore rouges quand d’autres ont déjà pris une teinte bleutée. 

  • De nouvelles poussées peuvent apparaître pendant plusieurs semaines.

Des symptômes généraux peuvent accompagner les lésions

Les lésions d’EN sont souvent précédées ou accompagnées de signes généraux, surtout chez l’adulte. On peut ainsi observer de la fièvre, de la fatigue, un malaise général et des douleurs articulaires, surtout au niveau des chevilles et des genoux. D’autres symptômes, davantage liés à la maladie responsable, peuvent être présents, comme une toux ou des troubles digestifs (douleurs abdominales, vomissements ou diarrhées). 

Qui est concerné1–4 ?

L’érythème noueux est une affection peu fréquente : on estime sa prévalence à environ 1 à 5 cas pour 100 000 personnes. Il peut survenir à tout âge, mais s’observe le plus souvent chez l’adulte avant 35 ans.

Chez l’adulte, il touche plus souvent les femmes que les hommes. Chez l’enfant, en revanche, les deux sexes sont touchés de façon égale. 

L’érythème noueux est plus fréquent durant la première moitié de l’année, période où les infections à streptocoque, l’une de ses causes, sont plus répandues.

II. Quelles sont les causes de l’érythème noueux1–6 ?

L’érythème noueux peut être déclenché par un très grand nombre de situations. Sa découverte doit donc toujours conduire à rechercher une cause sous-jacente, car il peut parfois être le tout premier signe d’une maladie générale. Les causes varient selon l’âge, la région du monde et la saison.

Dans environ la moitié des cas aucune cause n’est retrouvée malgré un bilan complet : on parle alors d’érythème noueux idiopathique (sans cause identifiée).

Lorsqu’une cause est retrouvée, voici les principales :

  • Les infections : 

    Les infections sont la cause la plus fréquente. L’infection à streptocoque (une angine à streptocoque) est de loin la cause la plus courante, en particulier chez l’enfant. Les lésions apparaissent typiquement 2 à 3 semaines après l’infection de la gorge.

  • La tuberculose est une cause importante dans les régions où elle est fréquente (Inde, Turquie, Thaïlande, Afrique du Sud…). 

  • D’autres infections peuvent être en cause : des infections digestives à Yersinia, Salmonella ou Campylobacter, des infections respiratoires à Mycoplasma pneumoniae ou, plus rarement, à Chlamydia pneumoniae, ainsi que certaines infections virales, comme les hépatites B et C, la mononucléose infectieuse ou le VIH.

  • La sarcoïdose :

    La sarcoïdose est une maladie inflammatoire qui peut toucher plusieurs organes, et l’érythème noueux en est la manifestation cutanée la plus fréquente. L’association d’un érythème noueux, de ganglions au niveau du médiastin (espace située entre les deux poumons et visibles sur une radiographie du thorax) et de douleurs articulaires porte un nom particulier : le syndrome de Löfgren. Il correspond à une forme aiguë de sarcoïdose, de bon pronostic.

  • Les maladies inflammatoires de l’intestin :

    Les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique) s’accompagnent parfois d’un érythème noueux. Il évolue souvent en parallèle des poussées de la maladie digestive, et peut même la précéder de plusieurs années.

  • Les médicaments :

    Certains médicaments peuvent déclencher un érythème noueux. Les plus souvent cités sont les sulfamides, les antibiotiques (pénicillines), les bromures et iodures, et surtout les pilules contraceptives. Le rôle des contraceptifs a nettement diminué depuis l’arrivée des pilules faiblement dosées en œstrogènes. 

  • La grossesse et les hormones

    La grossesse peut être à l’origine d’un érythème noueux, le plus souvent au cours du deuxième trimestre. Cette association, comme celle avec les pilules contraceptives, suggère un rôle des hormones féminines dans la survenue de la maladie.

  • Les maladies auto-immunes et inflammatoires

    L’érythème noueux peut accompagner d’autres maladies inflammatoires ou auto-immunes, comme la maladie de Behçet, le lupus, la polyarthrite rhumatoïde, le syndrome de Sjögren, la spondylarthrite ankylosante ou la maladie cœliaque. Dans la maladie de Behçet, des lésions ressemblant à l’érythème noueux sont fréquentes, mais elles correspondent en réalité souvent à une atteinte un peu différente.

D’autres maladies peuvent également s’accompagner d’un érythème noueux, mais de façon plus rare.

III. Quelle évolution et quel pronostic1 ?

Le pronostic de l’érythème noueux est excellent. Dans la grande majorité des cas, les lésions disparaissent spontanément en 2 à 8 semaines, sans laisser de cicatrice. Les formes les plus sévères peuvent mettre jusqu’à 12 semaines à disparaître. Des récidives surviennent chez environ un tiers des personnes, plus volontiers lorsque la cause reste inconnue ou ne peut pas être traitée. La guérison se fait généralement sans séquelle et ne laisse pas de cicatrice sur la peau.

IV. Quels examens faut-il faire ?

Le diagnostic d’EN est avant tout clinique : l’aspect et la localisation des lésions suffisent généralement à le reconnaître. Les examens sont ensuite réalisés pour tenter de déterminer sa cause précise.

L’étape la plus importante est l’interrogatoire : il recherche une infection récente (angine, diarrhée), une toux, de la fièvre, un amaigrissement, une prise de médicament, un voyage, une grossesse possible…

À partir de ces éléments, un bilan de base est utile dans la plupart des cas. 

Il comprend généralement :

  • Une prise de sang avec une numération formule sanguine (analyse des cellules du sang), une mesure de l’inflammation (protéine C-réactive, dite CRP) 

  • Un dosage des anticorps anti-streptocoque (antistreptolysines O, ou ASLO) et un prélèvement de gorge, à la recherche d’une infection à streptocoque

  • Une radiographie du thorax

  • Un test de grossesse chez toute femme en âge d’avoir des enfants

D’autres examens plus spécialisés peuvent être réalisés s’ils sont justifiés par les symptômes.

Lorsque le bilan de base est normal et qu’il n’existe aucun signe d’alerte, la recherche d’une maladie sous-jacente n’a généralement pas besoin d’être poussée plus loin.

La biopsie de la peau (prélèvement d’un fragment de peau examiné au microscope) est réservée aux cas atypiques. Lorsqu’elle est réalisée, elle doit être suffisamment profonde pour atteindre la graisse sous-cutanée.

Au microscope, l’érythème noueux se reconnaît à une inflammation des ‘cloisons’ qui séparent les lobules de graisse, sans inflammation de la paroi des vaisseaux. 

V. Quels sont les traitements de l’EN2,3,7 ?

Le principe le plus important : traiter la cause lorsqu’elle est retrouvée. C’est elle qui guide la prise en charge, car soigner la maladie sous-jacente accélère la guérison des lésions de peau.

Ainsi, un médicament suspecté d’avoir déclenché l’érythème noueux sera arrêté et, si besoin, remplacé ; une infection sera traitée ; une maladie inflammatoire sera prise en charge.

Prise en charge spécifique des lésions d’EN : du repos et des antalgiques

L’érythème noueux guérit le plus souvent spontanément, en quelques semaines. Le traitement vise donc surtout à soulager la douleur et l’inconfort. 

Il repose sur :

  • Le repos avec surélévation des jambes pour réduire la gêne et l’œdème. Le port de bas ou bandages de contention est préconisé.

  • Les antalgiques et/ou, dans certains cas, les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont le traitement de première intention contre la douleur d’EN. Les AINS doivent toutefois être évités en cas de maladie inflammatoire de l’intestin et lors de certaines infections, car ils peuvent aggraver la maladie causale.

Lorsque les lésions persistent ou récidivent, d’autres traitements peuvent être proposés.

7Menta N, Vidal SI, Sharpe S, Nasseri M, Friedman A. On the Nod: A Scoping Review on Proposed Management Strategies for Erythema Nodosum. J Drugs Dermatol JDD. 2025;24(6):641-642.

info À retenir

L’érythème noueux est une réaction inflammatoire de la graisse sous la peau, qui se manifeste par des nouures (bosses sous cutanées) rouges, chaudes et douloureuses, surtout sur le devant des jambes. Leur couleur évolue progressivement comme celle d’une ecchymose, du rouge au violacé, puis au jaune, au vert ou au brun, avant de disparaître sans laisser de cicatrice.

Ce n’est pas une maladie en soi, mais souvent un symptôme qui peut être le premier signe d’une maladie générale (infection, sarcoïdose, maladie inflammatoire de l’intestin…).

Dans environ la moitié des cas, aucune cause n’est retrouvée (forme idiopathique). 

Quand une cause existe, l’infection à streptocoque est la plus fréquente.

Le bilan repose sur un interrogatoire et un examen clinique soigneux, généralement complétés par une prise de sang, un dosage des anticorps anti-streptocoque et une radiographie du thorax. Les autres examens dépendent des symptômes.

Le traitement vise d’abord la cause si elle est retrouvée. Pour les lésions d’EN elles-mêmes le repos avec surélévation des jambes et un traitement pour la douleur suffisent. 

Références

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  2. Luis Requena, Evaristo Sánchez Yus, Erythema Nodosum, 2008, https://doi.org/10.1016/j.det.2008.05.014
  3. Daniela Michelle Pérez-Garza, Sonia Chavez-Alvarez, Jorge Ocampo-Candiani, Minerva Gomez-Flores, Erythema Nodosum: A Practical Approach and Diagnostic Algorithm, 2021, https://doi.org/10.1007/s40257-021-00592-w
  4. Małgorzata Chowaniec, Aleksandra Starba, Piotr Wiland, Erythema nodosum – review of the literature, 2016, https://doi.org/10.5114/reum.2016.60217
  5. Luis Requena, Evaristo Sánchez Yus, Panniculitis. Part I. Mostly septal panniculitis, 2002, https://doi.org/10.1067/mjd.2001.114736
  6. Carlos García-Porrúa, Miguel A. González-Gay, Manuel Vázquez-Caruncho, Luis López-Lazaro, Mercedes Lueiro, Maria L. Fernández, Javier Alvarez-Ferreira, Ramón M. Pujol, Erythema nodosum: Etiologic and predictive factors in a defined population, 2002, https://doi.org/10.1002/1529-0131(200003)43:3<584::aid-anr15>3.0.co;2-6