1. Qu'est-ce que la maladie de Darier ?

La maladie de Darier, aussi appelée maladie de Darier-White ou dyskératose folliculaire, est une maladie génétique rare de la peau. Elle a été décrite pour la première fois en 1889 par le dermatologue Ferdinand-Jean Darier.

La maladie de Darier fait partie des génodermatoses, un terme qui désigne les maladies d’origine génétique qui touchent principalement la peau.

Il s’agit d’une maladie chronique, ce qui signifie qu’elle évolue sur le long terme. Les symptômes apparaissent souvent par poussées : certaines périodes où les signes sur la peau deviennent plus marqués, suivies de moments où ils s’atténuent.

Cette maladie est due à un défaut de cohésion entre certaines cellules superficielles de la peau, appelées kératinocytes. Ce défaut perturbe la kératinisation, c’est-à-dire le processus par lequel les cellules de la peau se transforment progressivement en cellules riches en kératine, une protéine qui contribue à former la couche protectrice de la peau. Normalement, cette transformation se fait lentement au fur et à mesure que les cellules remontent vers la surface. Dans cette maladie, elle se produit trop tôt et de manière désorganisée. Les cellules s’accumulent alors anormalement à la surface de la peau, ce qui entraîne l’apparition de lésions visibles, comme des zones épaissies ou des plaques caractéristiques.

Qui est concerné ? 

Elle touche les hommes et les femmes de façon égale, et sa fréquence est estimée entre une et deux personnes sur 100 000. 

Les premiers signes apparaissent le plus souvent dans l'enfance ou à l'adolescence, avec un pic autour de la puberté.

info Qu'est-ce qu'une génodermatose ?

Le terme génodermatose désigne un groupe de maladies génétiques héréditaires qui touchent principalement la peau. Ces affections résultent d'une mutation dans un gène précis, transmise selon différents modes héréditaires (dominant, récessif ou lié au chromosome X). La maladie de Darier appartient à cette famille : elle est causée par une mutation du gène ATP2A2 situé sur le chromosome 12 . Elle est transmise selon un mode autosomique dominant ce qui signifie qu'une seule copie du gène mutée suffit à provoquer la maladie. Les génodermatoses sont en général chroniques, non contagieuses, et évoluent tout au long de la vie. Elles peuvent se manifester dès l'enfance ou apparaître plus tardivement, comme c'est souvent le cas pour la maladie de Darier, dont les premiers signes surviennent généralement à la puberté.

2. Comment la maladie de Darier se manifeste-t-elle ?

Sur la peau, la lésion caractéristique de la maladie de Darier est une petite saillie ferme de la peau, appelée papule kératosique. 

Elle mesure généralement 1 à 3 millimètres de diamètre et peut être rosée, brunâtre ou jaunâtre. Sa surface est souvent recouverte d’une croûte brun-grisâtre adhérente.

Avec le temps, ces petites lésions peuvent se regrouper et former des plaques plus larges, à la surface rugueuse. Elles peuvent parfois dégager une odeur désagréable, ce qui peut être difficile à vivre au quotidien et entraîner une gêne sociale ou professionnelle chez certaines personnes.

Les lésions apparaissent le plus souvent dans les zones riches en glandes sébacées, appelées zones séborrhéiques : le visage (tempes, front, sillons nasogéniens), le cuir chevelu, les faces latérales du cou, la poitrine et le dos. 

Elles peuvent aussi apparaître dans les grands plis de la peau, comme les aisselles ou l’aine. 

Sur le dos des mains et des pieds, les lésions peuvent parfois ressembler à de petites verrues plates.

Un autre signe fréquent est la présence de minuscules petites dépressions sur la paume des mains, appelées puits ou pits. Elles sont souvent discrètes mais peuvent aider le médecin à reconnaître la maladie.

info Comment se manifeste la maladie de Darier sur la peau ?

Petites surélévation fermes de la peau de 1 à 3 mm (papules), rosées, brunes ou jaunâtres, souvent recouvertes d’une croûte brun-grisâtre.

Regroupement des lésions en plaques rugueuses, parfois accompagnées d’une odeur désagréable.

Atteinte préférentielle des zones riches en sébum : visage, cuir chevelu, cou, poitrine et dos.

Possible atteinte des grands plis de la peau (aisselles, aine).

Sur le dos des mains et des pieds, les lésions peuvent ressembler à de petites verrues plates.

Petites dépressions en ‘puits’ sur les paumes des mains, un signe caractéristique de la maladie.

Les ongles sont également souvent touchés. Ils peuvent devenir plus larges et présenter des bandes longitudinales rouges et blanches, avec de petites encoches au bord de l’ongle et parfois un épaississement de la peau sous l’ongle.

Dans environ 20 % des cas, certaines muqueuses peuvent aussi être atteintes, notamment dans la bouche, l’œsophage ou la région ano-génitale. Les lésions y apparaissent alors sous forme de petites papules blanchâtres ou rosées. 

Plus rarement, une atteinte des paupières peut entraîner une inflammation chronique appelée blépharite, et des manifestations au niveau des yeux ont également été décrites.

Enfin, la maladie de Darier est aujourd’hui parfois considérée comme une maladie pouvant rarement toucher d’autres organes que la peau. Certaines études ont rapporté des manifestations neurologiques ou psychiatriques, ainsi qu’un risque légèrement augmenté de certaines maladies comme le diabète ou des problèmes cardiaques. Toutefois, ces complications restent peu fréquentes.

Comment évolue la maladie ?

L'évolution est chronique, marquée par des poussées qui surviennent principalement en été, déclenchées par la chaleur, la transpiration et l'exposition au soleil. 

La maladie peut s'améliorer avec l'âge dans environ un tiers des cas, même si des aggravations tardives sont également possibles. 

Certains médicaments, comme le lithium ou les corticoïdes généraux, peuvent aggraver les poussées.

Les complications possibles

La principale complication de la maladie de Darier est la surinfection des lésions cutanées.

En effet, la peau étant fragilisée par la maladie, elle joue moins bien son rôle de barrière protectrice contre les microorganismes étrangers. Cela rend les personnes atteintes plus sensibles aux infections.

Ces infections peuvent être causées par différents micro-organismes :

  • Des virus, en particulier le virus de l’herpès (HSV-1 ou HSV-2). Dans de rares cas, cette infection peut évoluer vers une forme plus grave appelée pustulose varioliforme de Kaposi-Juliusberg 

  • Des bactéries, notamment le staphylocoque 

  • Des champignons, responsables d’infections fongiques

3. Quelle est la cause de la maladie de Darier ?

La maladie de Darier est causée par une mutation du gène ATP2A2, situé sur le chromosome 12. 

Ce gène est responsable de la fabrication d'une protéine appelée SERCA2b. Cette protéine agit comme une pompe à calcium dans les cellules de la peau. Le calcium joue en effet un rôle essentiel dans le fonctionnement des cellules cutanées : il permet notamment aux cellules de rester bien attachées les unes aux autres et de se transformer progressivement en cellules riches en kératine lorsqu’elles remontent vers la surface de la peau.

Lorsque ce gène est muté, la pompe à calcium fonctionne moins bien. Les niveaux de calcium dans les cellules deviennent anormaux, ce qui perturbe l’organisation des cellules de la peau. Elles adhèrent moins bien entre elles et se séparent trop tôt, ce qui contribue à la formation des lésions caractéristiques de la maladie.

La maladie de Darier se transmet selon un mode autosomique dominant : il suffit d'hériter d'une seule copie mutée du gène, provenant de l'un des deux parents, pour développer la maladie. 

Dans environ deux tiers des cas, la maladie est présente chez plusieurs membres d’une même famille. 

Dans les autres cas, elle apparaît chez une personne sans antécédent familial (cas dits sporadiques). On parle alors de mutation de novo, c’est-à-dire une mutation génétique qui survient spontanément. 

Les deux sexes sont concernés de façon égale. 

À ce jour, plus de 300 mutations distinctes du gène ATP2A2 ont été identifiées.

La maladie de Darier peut s’exprimer de manière très différente selon les personnes. Même au sein d’une même famille, deux personnes porteuses de la même mutation peuvent présenter des formes très différentes : l’une peut avoir des symptômes légers, tandis que l’autre peut développer une forme plus sévère.

Cette variabilité n’est pas encore totalement expliquée. Les chercheurs pensent que d’autres facteurs génétiques et environnementaux pourraient influencer l’intensité de la maladie.

4. Quels examens complémentaires sont nécessaires ?

Le diagnostic de la maladie de Darier est avant tout clinique : un dermatologue expérimenté peut souvent reconnaître la maladie sur la base de l'examen de la peau, des ongles et des muqueuses. L'aspect, la localisation et l'odeur des lésions sont souvent très évocateurs.

La biopsie de peau

Pour confirmer le diagnostic, une biopsie cutanée est réalisée sous anesthésie locale. Cet examen consiste à prélever un très petit fragment de peau sous anesthésie locale, qui est ensuite analysé au microscope.

L’étude de ce fragment de peau (appelée examen histologique) permet d’observer les anomalies caractéristiques de la maladie. On retrouve notamment une perte d’adhérence entre certaines cellules de la peau, appelée acantholyse, qui entraîne la formation de petites fentes entre les cellules. On observe également une transformation anormale de certaines cellules cutanées, appelée dyskératose.

Au microscope, ces cellules anormales prennent des aspects très caractéristiques, que les médecins appellent « corps ronds » dans les couches profondes de l’épiderme et « grains cornés » dans les couches plus superficielles.

Lorsque les lésions de la peau ressemblent au microscope à celles d’autres maladies, notamment certaines maladies qui provoquent des bulles sur la peau, un examen complémentaire appelé immunofluorescence directe peut être réalisé pour écarter ces autres maladies mais c’est rarement nécessaire. Au moment de la biopsie cutanée, un second petit fragment de peau peut être prélevé afin d’effectuer cette analyse. Cet examen permet de rechercher la présence d’anticorps anormaux déposés dans la peau et d’écarter certaines maladies auto-immunes, comme le pemphigus, dans lesquelles le système immunitaire fabrique des anticorps qui attaquent   les cellules de la peau.

Les analyses génétiques

Les analyses génétiques ne sont généralement pas nécessaires pour poser le diagnostic, car l’examen clinique associé à la biopsie est le plus souvent suffisant. En revanche, un conseil génétique peut être proposé aux personnes qui souhaitent mieux comprendre le risque de transmission de la maladie à leurs enfants.

Le diagnostic prénatal n’est toutefois pratiquement pas réalisé dans cette maladie.

5. Quels sont les traitements ?

Il n'existe pas de traitement permettant de guérir définitivement la maladie de Darier. Les traitements disponibles ont pour objectifs d'améliorer les lésions cutanées, de limiter les poussées, de prévenir les complications infectieuses et de préserver la qualité de vie.

Une première mesure essentielle du traitement consiste à éviter les facteurs qui peuvent déclencher ou aggraver les poussées, notamment l’exposition au soleil ou aux rayons UV, la chaleur, la transpiration excessive et les frottements répétés sur la peau.

Les traitements locaux

Pour les formes légères ou localisées, la base du traitement repose sur l'application quotidienne de crèmes émollientes (hydratantes), qui aident à maintenir la barrière cutanée et à réduire les symptômes. 

Des crèmes kératolytiques à base d'urée peuvent être associées pour atténuer l'épaississement de la peau. 

Des crèmes contenant des rétinoïdes, substances dérivées de la vitamine A qui aident à normaliser le renouvellement des cellules de la peau, ont également montré une efficacité dans certains cas.

Des antiseptiques ou des antibiotiques locaux peuvent être utilisés pour prévenir ou traiter les surinfections.

Les traitements généraux

En cas de forme étendue ou sévère, les rétinoïdes par voie orale représentent le traitement le plus efficace. 

L'acitrétine est prescrite à faible dose (0,25 mg/kg/j) pour limiter les effets indésirables. L'isotrétinoïne est parfois proposée (hors indication de mise sur le marché) . 

Ces traitements sont seulement suspensifs : la maladie reprend à l'arrêt du traitement. 

Les traitements physiques

Pour les lésions résistantes aux médicaments, des techniques physiques peuvent être proposées : la dermabrasion, l'exérèse chirurgicale ou la vaporisation au laser ablatif (laser CO2 ou erbium). Ces approches permettent parfois d'obtenir des résultats durables sur des zones localisées, mais comportent un risque de récidive à long terme et de phénomène de Koebner (apparition de nouvelles lésions au site de cicatrice). 

6. Conseils pratiques pour les patients atteints de maladie de Darier

Éviter les facteurs déclenchants

La chaleur, la transpiration et l'exposition solaire sont les principaux facteurs qui déclenchent ou aggravent les poussées. Il est fortement conseillé d'éviter l'exposition prolongée au soleil et d'utiliser une protection solaire adaptée (indice SPF élevé). En cas de chaleur, il est recommandé de rester dans des endroits frais, de porter des vêtements amples et respirants (en coton de préférence), et d'éviter les activités physiques intenses par temps chaud.

Prendre soin de sa peau au quotidien

L'hydratation régulière de la peau est essentielle. L'application quotidienne d'émollients, même en dehors des poussées, aide à maintenir une barrière cutanée fonctionnelle. Il vaut mieux éviter les savons agressifs et préférer des produits nettoyants doux, sans parfum. Les vêtements serrés peuvent aggraver les lésions par le phénomène de Koebner : les frictions répétées peuvent induire de nouvelles lésions au site de contact.

Surveiller les infections

La maladie de Darier fragilise la barrière cutanée et expose à un risque plus élevé d'infections. En cas d'apparition de fièvre, de rougeur, de gonflement ou de lésions rapidement évolutives, il est important de consulter rapidement un médecin. Le virus de l'herpès en particulier peut provoquer une forme grave chez les personnes atteintes de cette maladie. Il est conseillé d'éviter le contact avec des personnes présentant un herpès en poussée.

Interactions avec les médicaments

Certains médicaments peuvent aggraver la maladie : le lithium et les corticoïdes généraux sont connus pour déclencher des poussées. Il est important d'informer tous les médecins qui vous suivent afin d'adapter les prescriptions en conséquence lorsque cela est possible.

Accompagnement psychologique et social

L’aspect visible des lésions peut être difficile à vivre au quotidien et avoir un impact sur la confiance en soi, les relations sociales ou la vie professionnelle. Il ne faut pas hésiter à en parler à son médecin, qui peut orienter vers un soutien psychologique adapté. Le contact avec des associations de patients atteints de maladies rares de la peau peut également apporter un soutien précieux, en permettant de partager son expérience et de bénéficier d'informations actualisées.

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