4. Quels examens complémentaires sont nécessaires ?

Le diagnostic du prurigo repose d’abord sur l’entretien avec le médecin et l’examen de la peau. Le médecin pose des questions sur les antécédents médicaux, les maladies dans la famille, les médicaments pris (certains traitements comme les opioïdes ou les inhibiteurs de l'enzyme de conversion peuvent être en cause), ainsi que sur un éventuel terrain allergique (terrain atopique).

Lorsque le prurigo est chronique et qu’aucune cause évidente n’est retrouvée sur la peau, des examens complémentaires peuvent être proposés afin de rechercher une éventuelle maladie associée.

Ces examens comprennent le plus souvent une prise de sang, permettant de vérifier :

  • Le nombre et l’aspect des cellules du sang (globules rouges et blancs),

  • Le fonctionnement du foie, des reins et de la thyroïde,

  • Le taux de sucre dans le sang,

  • La présence éventuelle d’une carence en fer.

  • Le médecin peut aussi proposer un dépistage de certaines infections, comme le VIH ou les hépatites B et C. 

  • Selon la situation, des examens supplémentaires peuvent être réalisés pour rechercher certaines maladies du sang.

Dans certains cas, une biopsie de la peau (prélèvement d’un petit fragment de peau) peut être réalisée afin de confirmer le diagnostic et éliminer d’autres maladies de peau.

Enfin, pour suivre l’évolution de la maladie, les médecins peuvent utiliser des échelles d’évaluation des démangeaisons et de la qualité de vie. Ces outils permettent de mesurer l’intensité du prurit, le nombre de lésions et l’impact de la maladie sur la vie quotidienne, et d’évaluer l’efficacité des traitements.

5. Quels sont les traitements ?

La prise en charge du prurigo est basée sur le traitement de la maladie sous-jacente lorsqu'elle est identifiée, associé à des traitements symptomatiques.

Les soins locaux 

Les soins locaux aident le traitement. Ils comprennent une hygiène douce avec des produits lavants adaptés (huiles lavantes, syndets, surgras), l'application quotidienne d'un agent hydratant (émollient) pour restaurer la barrière cutanée, et des des crèmes anti-inflammatoires à base de corticoïdes appliquées sur la peau (dermocorticoïdes) ou de tacrolimus en l'absence d'infection.

Les traitements généraux 

  • Les traitements généraux comprennent les antihistaminiques, parfois sédatifs pour améliorer le sommeil. 

  • Les biothérapies constituent aujourd'hui une avancée majeure pour les patients souffrant de prurigo nodulaire sévère non contrôlé par les traitements topiques. Elles agissent de façon ciblée sur certaines molécules impliquées dans l’inflammation et les démangeaisons.

    Depuis quelques années, deux biothérapies ont obtenu une autorisation de mise sur le marché et une prise en charge en France pour le traitement du prurigo nodulaire modéré à sévère nécessitant un traitement par voie générale : le dupilumab et le némolizumab.

  • Le dupilumab est l’un de ces traitements. Il s’agit d’un médicament qui bloque l’action de deux substances inflammatoires importantes dans le prurigo, appelées interleukine-4 (IL-4) et interleukine-13 (IL-13). Ces molécules jouent un rôle dans l’inflammation de la peau et dans la sensation de démangeaison.

    Le dupilumab est le premier traitement spécifiquement autorisé pour le prurigo nodulaire. Dans deux grandes études internationales, environ 60 % des patients traités ont vu leurs démangeaisons nettement diminuer après 24 semaines de traitement, contre environ 20 % avec un placebo. Chez près de la moitié des patients, le nombre de nodules sur la peau diminuait fortement. Les patients ont également rapporté une amélioration du sommeil, de la qualité de vie et du bien-être psychologique.

    Le traitement se fait par injection sous la peau toutes les deux semaines, généralement auto-réalisable après une formation.

  • Un autre médicament biologique est également disponible : le némolizumab. Il agit en bloquant l’action de l’interleukine-31 (IL-31), une molécule directement impliquée dans la transmission de la sensation de démangeaison par les nerfs de la peau. Dans les études cliniques, un peu plus de la moitié des patients traités par némolizumab ont présenté une amélioration importante de leurs démangeaisons après 16 semaines de traitement, contre environ 20 % des patients sous placebo. Une amélioration des lésions cutanées et de la qualité de vie a également été observée.

Ces deux biothérapies représentent une avancée importante dans le traitement du prurigo nodulaire, en particulier pour les patients dont la maladie n’est pas suffisamment contrôlée par les traitements classiques.

Une prise en charge psychologique est parfois nécessaire en complément, notamment en cas d'anxiété, de dépression ou de difficulté à gérer l'impact de la maladie sur la vie quotidienne.

Pour le suivi médical, le prurigo chronique idiopathique doit faire l'objet d'une surveillance régulière, même en l'absence de cause identifiée, car une pathologie systémique peut se révéler ultérieurement. 

6. Les conseils pratiques pour les patients atteints de prurigo

Vivre avec un prurigo chronique est difficile, mais plusieurs habitudes quotidiennes peuvent aider à limiter les déclenchements et à améliorer le confort.

  • Pour les soins cutanés, il est recommandé de favoriser une hygiène douce en utilisant des produits lavants sans savon (syndets, huiles lavantes, surgras), d'éviter l'eau trop chaude lors des douches ou bains, et d'appliquer un émollient hydratant quotidiennement sur l'ensemble du corps, idéalement juste après le bain ou la douche lorsque la peau est encore légèrement humide. Les vêtements en laine ou les matières synthétiques irritantes sont à éviter ; le coton doux est préférable.

    L'application d'un émollient réfrigéré peut procurer un soulagement temporaire.

  • Pour interrompre le cycle du grattage, l’application d’un pansement occlusif sur les zones qui grattent peut aider à limiter le grattage nocturne. 

  • Garder les ongles coupés courts réduit les lésions occasionnées par le grattage.

  • Certaines techniques comportementales permettent d'apprendre à supprimer consciemment le réflexe de se gratter grâce à des distractions et des techniques de renversement des habitudes.

  • Pour la vie quotidienne, un soutien psychologique peut être bénéfique, non par ce que la maladie est dans la tête, mais parce que vivre avec une maladie chronique invalidante retentit sur le moral et que prendre soin de sa santé mentale fait partie intégrante du traitement. Des associations de patients, comme l'Association France Prurigo Nodulaire, peuvent être une source précieuse de soutien, d'information et d'échange avec d'autres personnes vivant la même expérience.