1. Qu'est-ce que la transpiration ?
Lorsque l’on transpire, un liquide appelé sueur est fabriquée par de petites structures situées dans la peau, les glandes sudoripares. Le corps en compte entre 2 et 4 millions. Elles sont plus nombreuses aux aisselles, aux mains, aux pieds, au visage et à l'aine.
Il en existe deux grands types :
- Les glandes eccrines sont réparties sur presque toute la surface du corps. Elles s'ouvrent directement sur la peau et produisent une sueur claire, composée surtout d'eau. Elles servent d'abord à réguler la température. Ce sont les plus nombreuses et elles sont actives dès les premières années de la vie.
- Les glandes apocrines se trouvent surtout aux aisselles et dans la région de l'aine, en lien avec les poils. Elles ne deviennent actives qu'à la puberté. Elles produisent une sueur plus épaisse et plus riche, qui contient davantage de graisses et de protéines.
De quoi la sueur est-elle faite ?
La sueur eccrine est faite à plus de 99 % d'eau. C'est donc une solution très diluée. On y trouve aussi du sel, qui lui donne son goût salé, ainsi que de petites quantités d'autres substances comme l'urée, l'acide lactique et des minéraux. À sa sortie, cette sueur est presque incolore et inodore.
La sueur contient également des molécules produites par la glande. Certaines comme l'acide lactique et l'urée, aident à garder la couche externe de la peau souple et hydratée. D'autres ont par exemple des propriétés antibactériennes et participent à la défense de la peau
Pourquoi la sueur peut-elle sentir mauvais ?
Quand elle est produite par le corps la sueur ne sent presque rien. L'odeur n'est donc pas due à la transpiration mais bien aux bactéries naturellement présentes sur la peau, comme les corynébactéries et certains staphylocoques. Ces bactéries se nourrissent de la sueur, surtout de la sueur apocrine des aisselles, et la transforment. Elles dégagent alors des composés volatils, dont un acide gras à l'odeur forte, qui donnent l'odeur corporelle caractéristique.
Plusieurs éléments influencent cette odeur : l'hygiène joue un rôle, car un lavage insuffisant laisse les bactéries proliférer. Il existe aussi une part génétique qui influe sur la tendance à produire une sueur plus odorante.
Lorsque l'odeur devient anormalement forte, on parle de bromhidrose, décrite plus loin.
La sueur est-elle colorée ?
Normalement la sueur est incolore, bien qu’environ une personne sur dix présente une très légère coloration de la sueur mais qui reste considérée comme normale.
Il faut distinguer une vraie coloration d'une simple impression. Voir des taches colorées sur les vêtements ou la literie peut faire croire à tort que la sueur est teintée. En réalité, une sueur d'abord incolore se colore le plus souvent une fois arrivée sur la peau, au contact de cosmétiques ou de certaines bactéries présente de façon normale sur la peau (le microbiome cutané).
La vraie coloration de la sueur, la chromhidrose, est quant à elle beaucoup plus rare. Elle est décrite plus bas.
Comment la transpiration se déclenche
C'est le système nerveux qui commande la transpiration, par sa branche dite sympathique.
Trois grandes situations déclenchent la sudation : la chaleur, l'effort physique et les émotions.
Sous l'effet du stress ou de la peur, le corps se prépare à réagir, un peu comme le cœur qui s'accélère, et les glandes produisent de la sueur en anticipant la chaleur de l'effort à venir.
2. À quoi sert la transpiration ?
Réguler la température, la fonction principale
Le rôle principal de la transpiration est de refroidir le corps. Quand la sueur s'évapore à la surface de la peau, elle emporte de la chaleur avec elle, ce qui fait baisser la température de la peau et de l'organisme. Ce mécanisme, appelé thermorégulation, maintient la température interne autour de 37 degrés.
Il est vital ! Si la température du corps monte trop haut l'organisme est en danger. Plus l'effort est intense ou l'environnement chaud, plus le corps produit de sueur pour évacuer la chaleur : c'est pourquoi la quantité peut atteindre plusieurs litres par heure lors d'un effort soutenu à la chaleur.
Hydrater et protéger la peau
La sueur participe aussi à l'entretien de la peau. En arrivant à la surface, elle aide à former un film protecteur et apporte de l'eau ainsi que des substances qui gardent la couche externe de la peau souple et hydratée.
Elle contribue également à l'équilibre des microbes qui vivent normalement sur la peau : le microbiome cutané.
Certaines molécules antibactériennes qu'elle contient participent aussi à la défense contre certains microbes.
Éliminer les toxines, que sait-on vraiment ?
La sueur ne joue qu'un rôle mineur dans l'élimination des déchets. Ce travail est assuré avant tout par le foie, les reins et l'intestin. Contrairement aux reins, les glandes sudoripares ne s'adaptent pas pour éliminer davantage de déchets, ni en concentrant la sueur, ni en transpirant plus. La sueur contient bien un peu d'urée, mais l'élimination de déchets comme l'acide urique ou la créatinine par la peau est négligeable par rapport aux reins. Transpirer ne détoxifie pas l'organisme de façon significative.
3. Quand la transpiration pose un problème
La transpiration reste le plus souvent un phénomène banal et normal.
Elle peut cependant devenir excessive ou au contraire être insuffisante, ou bien s'accompagner d'irritations et d'odeurs et devenir dans ce cas sources de gène ou de complications.
Voici les situations les plus fréquentes :
L'hyperhidrose, une transpiration excessive
On parle d’hyperhidrose lorsque la transpiration est excessive, gênante pour le patient et qu’elle retentit sur sa vie quotidienne, sociale et/ou professionnelle. Il s’agit donc d’une transpiration qui dépasse largement les besoins de la thermorégulation. Elle peut survenir au repos, au frais, sans raison apparente. Elle concerne environ 3 à 5 % de la population.
Elle touche autant les hommes que les femmes et impact souvent lourdement la qualité de vie.
On en distingue 2 formes :
- La forme dite primaire ou essentielle qui représente la grande majorité des cas : Elle est localisée à certaines zones, le plus souvent les mains, les pieds, les aisselles et le visage, de façon symétrique. Elle commence en général dans l'enfance ou à l'adolescence, s'accentue à la puberté, puis tend à diminuer après 40 ans, avec parfois un retour à la ménopause. Elle ne se produit généralement pas pendant le sommeil.
Sa cause précise reste inconnue. Une hypersensibilité du système nerveux à différents stimuli, notamment émotionnels, pourrait être en cause. Par ailleurs, on retrouve souvent plusieurs cas au sein d’une même famille, ce qui suggère l’existence d’une prédisposition génétique.
Pour parler d'hyperhidrose primaire, les médecins retiennent une transpiration excessive et visible depuis au moins 6 mois, avec plusieurs des caractéristiques suivantes : elle touche des zones riches en glandes comme les paumes, les plantes ou les aisselles, elle est présente des deux côtés du corps, survient au moins une fois par semaine, gêne les activités quotidiennes, a débuté avant 25 ans, s'arrête la nuit, et s'accompagne souvent d'antécédents familiaux.
- La forme dite secondaire est liée à une cause identifiable, comme une maladie sous-jacente ou la prise de certains médicaments. Elle touche alors plutôt l'ensemble du corps et apparaît souvent plus tard dans la vie, parfois avec des sueurs nocturnes. Elle peut être due à la ménopause, à la grossesse, à un trouble de la thyroïde, au diabète, à une infection, à un cancer, à une maladie neurologique, ou à la prise de certains médicaments comme des antidépresseurs.
Au quotidien, l'hyperhidrose peut gêner des gestes simples comme tenir un volant, écrire, utiliser un outil ou serrer une main. Elle peut aussi entraîner un repli sur soi et une gêne professionnelle. Son retentissement sur la qualité de vie est comparable à celui d’autres maladies dermatologiques comme le psoriasis, et près de la moitié des personnes concernées disent en souffrir au quotidien.
Pour évaluer la situation, le médecin s'appuie sur l'interrogatoire et parfois sur des tests simples, comme le test à l'amidon et à l'iode, qui colore les zones qui transpirent.
Plusieurs solutions existent, à choisir selon la zone concernée, la gêne et la tolérance de chacun. La prise en charge se fait par étapes, en commençant par les mesures les plus simples.
- Les antitranspirants, notamment à base de sels d'aluminium : c'est le premier réflexe à tester. Ils bloquent en partie l'ouverture des glandes et réduisent la quantité de sueur. Ils sont efficaces et peu coûteux, en particulier aux aisselles, où la satisfaction est élevée. Leur principal inconvénient est une possible irritation de la peau.
- L'ionophorèse : un léger courant électrique est appliqué sur les mains ou les pieds plongés dans l'eau. Ce traitement réduit la sudation et se pratique souvent à domicile. Il n'est pas adapté à certaines situations, comme le port d'un stimulateur cardiaque ou la grossesse.
- Les injections de toxine botulique : la toxine bloque localement le signal nerveux qui déclenche la sudation. Elle est indiquée en cas de transpiration excessive des aisselles, avec un effet qui dure généralement plusieurs mois avant de devoir être renouvelé.
- Certains comprimés, comme l'oxybutynine, réduisent la transpiration, en particulier lorsqu'elle est généralisée. Ces médicaments ne disposent pas aujourd'hui d'une autorisation de mise sur le marché pour cette indication précise. Leur emploi contre la transpiration excessive relève donc d'une décision du dermatologue prescripteur. Une demande de cadre de prescription compassionnelle est actuellement en cours auprès des autorités sanitaires françaises afin de permettre son utilisation dans certaines formes d’hyperhidrose, généralisées ou localisées, en cas d’échec des autres traitements, en lien avec la Société Française de Dermatologie.
- Dans les cas les plus sévères et résistants, d'autres techniques existent, comme la chirurgie du nerf sympathique, mais ces options sont réservées aux situations difficiles et relèvent d’une d’un avis médical spécialisé.
L'hypohidrose et l'anhidrose, une transpiration insuffisante ou absente
À l'inverse, certaines personnes transpirent trop peu, voire pas du tout. On parle d'hypohidrose quand la sudation est réduite, et d'anhidrose quand elle est absente.
Ce trouble peut être dangereux : comme le corps ne peut plus se refroidir correctement, la température interne peut grimper, avec un risque de coup de chaleur pouvant mettre la vie en danger. Les enfants sont particulièrement vulnérables, car leur corps chauffe plus vite et se refroidit moins bien.
Les signes sont souvent peu spécifiques : la personne tolère mal la chaleur, se sent fatiguée, a la tête qui tourne, ou a du mal à se concentrer dans un environnement chaud. Ces signes apparaissent surtout lors d'une vague de chaleur, d'une fièvre ou d'un effort.
Les causes sont variées :
- Il peut s'agir d'une atteinte des nerfs qui commandent la sudation, à n'importe quel niveau, du cerveau jusqu'à la glande.
- Il peut aussi s'agir d'une maladie de la peau qui détruit les glandes, comme des brûlures, une cicatrice ou une radiothérapie.
- Certaines maladies génétiques rares se traduisent par une absence de glandes sudoripares.
- Enfin, plusieurs médicaments peuvent réduire la sudation.
La prise en charge repose surtout sur le fait de rester au frais, de s'hydrater et de se rafraîchir la peau. Il est essentiel de traiter la cause quand cela est possible. Une anhidrose due à un médicament disparaît souvent lorsque l'on arrête ce médicament, tandis qu'une anhidrose d'origine génétique dure toute la vie.
La bromhidrose, des odeurs marquées
La bromhidrose désigne une odeur corporelle anormalement forte et désagréable. La forme la plus fréquente vient des glandes apocrines et apparaît après la puberté. Les sécrétions de ces glandes deviennent malodorantes lorsque les bactéries de la peau les dégradent.
Une forme liée aux glandes eccrines peut survenir à tout âge, par exemple quand les bactéries dégradent la corne ramollie des pieds, ou sous l'effet de certains aliments.
Le phénomène est aggravé par une mauvaise hygiène et par des situations qui favorisent la prolifération des bactéries, comme le diabète, l'obésité et certaines infections de la peau. Il existe aussi une part héréditaire.
La prise en charge commence par une bonne hygiène et des produits antiseptiques et généralement des antitranspirants. Dans les cas gênants, la toxine botulique, le laser ou la chirurgie peuvent être proposés.
La miliaire sudorale (boutons de chaleur ou de rétention de sueur)
Retrouvez notre article sur la miliaire sudorale : https://dermato-info.fr/la-miliaire-sudorale
La miliaire correspond à de petits boutons qui apparaissent quand la chaleur et l'humidité sont importantes. Les canaux qui évacuent la sueur se bouchent par un petit bouchon de corne, la sueur reste bloquée sous la peau, ce qui provoque une éruption et une gêne. Dans les zones touchées, la transpiration à la surface est temporairement réduite.
La macération
Quand la sueur reste piégée notamment dans les plis de la peau ou dans les chaussures, elle est responsable de la macération qui peut abimer la peau, ce qui ouvre la porte aux irritations et aux infections.
Aux pieds, aux mains et aux aisselles, cela favorise des infections par des champignons (les mycoses) des ongles et de la peau ainsi que diverses infections bactériennes cutanées.
Dans les plis, la macération facilite la multiplication des bactéries et des levures.
La chromhidrose, plus rare
La chromhidrose correspond à une sueur colorée : jaune, verte, bleue ou brune. Elle est due à un pigment appelé lipofuscine, présent en quantité plus importante dans les glandes apocrines. Elle touche surtout le visage et les aisselles.
Ce phénomène est sans gravité et disparaît le plus souvent avec l'âge.
4. Que faire au quotidien ?
Des gestes simples
Quelques habitudes aident à mieux vivre avec la transpiration.
- Se laver régulièrement avec un savon doux et bien sécher la peau, surtout les plis et les pieds.
- Choisir des vêtements en fibres naturelles comme le coton ou le lin, dans des coupes amples, et éviter les tissus synthétiques.
- Prévoir des vêtements de rechange et, au besoin, des solutions (lingettes etc.) absorbantes pour absorber l'humidité.
- Porter des chaussures qui laissent passer l'air et des semelles absorbantes pour limiter la macération des pieds.
- En parler à son entourage quand la gêne est importante, pour éviter l'isolement.
- En période de forte chaleur, il est important de bien boire, car une transpiration abondante peut entraîner une déshydratation, surtout chez les bébés, les enfants et les personnes âgées.
Antitranspirant et déodorant : quelle différence ?
Déodorant et antitranspirant n'agissent pas de la même façon :
- Le déodorant agit sur l'odeur, causée par la dégradation de la sueur par les bactéries de la peau. Il combine généralement des agents antibactériens et des parfums pour masquer ou neutraliser cette odeur. Il ne réduit pas la transpiration.
- L'antitranspirant, lui, vise à réduire la quantité de sueur émise : il contient souvent des sels d'aluminium forment des bouchons temporaires à l'entrée des canaux sudoripares, limitant l'écoulement.
La sécurité des sels d’aluminium, notamment dans les produits cosmétiques, a longtemps fait débat. À ce jour, les études menées chez l’être humain n’ont pas établi de lien causal entre l’utilisation d’antitranspirants contenant des sels d’aluminium et le cancer du sein. Le passage de l’aluminium à travers la peau saine et l’exposition générale qui en résulte sont par ailleurs considérés comme faibles.
Les évaluations européennes récentes concluent que les composés d’aluminium sont sûrs dans les produits cosmétiques aux concentrations et dans les conditions d’utilisation évaluées (https://health.ec.europa.eu/publications/safety-aluminium-cosmetic-products-submission-iv_en).
En France, l’Afssaps, devenue depuis l’ANSM, recommande en revanche de ne pas appliquer les produits contenant de l’aluminium sur une peau lésée, notamment immédiatement après le rasage ou en présence de microcoupures (https://archive.ansm.sante.fr/S-informer/Points-d-information-Points-d-information/Evaluation-du-risque-lie-a-l-utilisation-de-l-aluminium-dans-les-produits-cosmetiques-Point-d-information).
Quand consulter un médecin
Dans la grande majorité des cas, la transpiration excessive est sans gravité. Certains signes doivent cependant amener à consulter.
- Une transpiration qui apparaît de façon récente et inexpliquée.
- Des sueurs nocturnes abondantes, qui trempent les draps sans qu'il fasse chaud.
- Une transpiration accompagnée d'autres signes comme de la fièvre, une perte de poids, une fatigue durable, des palpitations ou un essoufflement.
- Une gêne importante au quotidien, ou l'échec des mesures d'hygiène après plusieurs semaines.
- À l'inverse, une incapacité à transpirer accompagnée d'une mauvaise tolérance à la chaleur.
Le médecin cherchera alors une éventuelle cause médicale, qui peut souvent être traitée, et proposera la solution la mieux adaptée.
Conclusion
La transpiration protège le corps de la surchauffe, participe à l'équilibre de la peau et accompagne nos efforts comme nos émotions. Son odeur vient des bactéries de la peau mais pas de la sueur elle-même.
Elle peut parfois devenir gênante, ou révéler un trouble, qu'il s'agisse d'un excès, d'un manque, d'une macération, d'une odeur marquée ou d'une couleur inhabituelle.
Références
- Mahan Maazi, Alexander KC Leung, Joseph M Lam, Primary hyperhidrosis: an updated review, 2025, https://doi.org/10.7573/dic.2025-3-2
- Waldemar Schreiner, Stefan Rapprich, Berthold Rzany, Armin Wiegering, Hyperhidrosis: Prevalence, diagnosis, and stepwise treatment, 2026, https://doi.org/10.3238/arztebl.m2025.0229
- Lindsay B. Baker, Physiology of sweat gland function: The roles of sweating and sweat composition in human health, 2019, https://doi.org/10.1080/23328940.2019.1632145
- Kristina Semkova, Malena Gergovska, Jana Kazandjieva, Nikolai Tsankov, Hyperhidrosis, bromhidrosis, and chromhidrosis: Fold (intertriginous) dermatoses, 2015, https://doi.org/10.1016/j.clindermatol.2015.04.013