Saviez-vous que certaines plantes, pourtant belles ou inoffensives en apparence, peuvent provoquer des brûlures, des démangeaisons, des cloques, des réactions graves sur votre peau ? Ces réactions, appelées phytodermatoses, sont plus fréquentes qu’on ne le pense, surtout l’été, en jardinant, en cueillant des fruits ou simplement en jouant dehors.
Voici quelques clés pour comprendre et surtout prévenir ces désagréments parfois sévères pour vous et vos proches, notamment les enfants.
Qu’appelle-t-on phytodermatose ?
C’est une réaction de la peau due au contact avec une plante. Elle peut toucher tout le monde, y compris les enfants, les jardiniers amateurs, les randonneurs… et peut prendre plusieurs formes, selon le type de plante et le mode de contact.
Il existe quatre grands types de réactions cutanées :
1️. L’irritation mécanique : piqûres, griffures et poils irritants
Certaines plantes blessent la peau avec des épines, des poils fins ou des herbes coupantes.
Il y a des plantes dont on se méfie en général car on les connaît comme les ronces, les chardons, les rosiers dont les piqûres ou griffures sont classiques. Ces petites blessures peuvent sembler bénignes, mais elles sont des portes d’entrée pour les infections, en particulier le tétanos, vérifiez votre calendrier de vaccination !
D’autres plantes sont plus sournoises comme les cactus et figuier de Barbarie (Fig.1) dont on se méfie des épines mais pas assez des fins poils (appelés glochides) qui pénètrent sous la peau et provoquent des démangeaisons durables. De même, orge (Fig.2), bourrache (Fig.3), gratteron sont hérissés de petits poils presque invisibles mais très irritants.
2️. L’irritation chimique : des plantes qui brûlent
Certaines plantes libèrent des substances irritantes qui peuvent provoquer des brûlures, avec rougeurs et/ou cloques sur la peau après le contact avec la plante. Ces réactions n’apparaissent pas forcément tout de suite après le contact avec la plante, ce qui fait qu’on n’y pense pas comme coupables !
Le dieffenbachia (Fig.4), la jacinthe, l’ananas, l’agave, etc. possèdent des microcristaux (de l’oxalate de calcium) très irritants sur leurs feuilles (dieffenbachia, agave), leur bulbe (jacinthe), leur cœur (ananas, où l’association avec la bromélaïne entraine la sensation de langue qui pique à la consommation du fruit).
Les piments contiennent de la capsaïcine dans la partie blanche interne surtout : elle peut causer des sensations de brûlure prolongées (même sans lésion visible, par irritation des nerfs de la peau).
Toutes les euphorbes (Fig. 5) (dont le poinsettia (Fig.6)) contiennent une sorte de sève blanche épaisse, le latex, qui s’écoule quand la tige ou les feuilles sont coupées et est très irritant ; idem pour le mancenillier (extrêmement dangereux aux Antilles).
Le bouton d’or (Fig.7), la clématite (Fig.8) contiennent de la protoanémonine qui provoque des cloques sur la peau en cas de contact avec la plante fraîchement coupée.
3️. L’urticaire de contact : une piqûre sans piqûre
Des plantes comme les orties bien connues ou le redoutable dendrocnide (heureusement seulement en Australie) libèrent des substances inflammatoires via des poils très fins qui agissent comme des mini-aiguilles. Cela déclenche une réaction immédiate : rougeur, douleur, démangeaisons. Heureusement cette réaction disparaît en quelques minutes.
4️. Les phytophotodermatoses : quand le soleil s’en mêle
Certaines plantes contiennent des substances (appelées furocoumarines) qui réagissent avec les rayons UVA du soleil (rayons qui passent à travers les vitres et les nuages). Cela provoque une brûlure par un vrai coup de soleil localisé avec des cloques ou parfois seulement des taches brunes qui persistent longtemps.
Attention !
- Le contact peut être bref, l’exposition solaire modérée sous un ciel nuageux… mais la réaction peut être sévère.
- En cas d’ingestion, les brûlures touchent toutes les zones exposées au soleil.
Plantes en cause :
- Celles de la famille autrefois appelées ombellifères à cause de la forme gracieuse de leurs fleurs (nom actuel « Apiacées » : persil (Fig.9), céleri (Fig.10), panais (Fig.11), carotte sauvage (Fig.12), grande berce (Fig.13) (la plus redoutable).
- Figuier (Fig.14) : surtout les feuilles, en été
Figure 14. Figuier commun. Source PlantNet©
- Les agrumes : citron vert (lime, Fig.15), orange amère, bergamote (Fig.16) : en cas de jus qui coule sur la peau ou présents dans les parfums (eau de Cologne)
- Rue officinale (Fig.17), fraxinelle (Fig.18)
À savoir : Ce type de réaction est parfois confondu avec une brûlure, une infection ou même… des violences, en particulier chez les enfants. La fameuse « lime disease », non liée à la maladie de Lyme des tiques mais au citron vert en est un exemple typique, occasionnant des brûlures sévères qui peuvent conduire à l’hospitalisation.
Qui est concerné ?
- Les nourrissons à qui on donne à manger de la purée de panais ou de céleri en extérieur font de graves brûlures autour de la bouche.
- Les enfants sont particulièrement à risque, car ils jouent dehors, touchent à tout et ont la peau plus fragile.
- Les jardiniers, les cuisiniers, les barmen, les randonneurs, mais aussi toute personne utilisant des produits à base de plantes (cosmétiques, huiles essentielles, remèdes fait maison…)
5. Certaines plantes peuvent provoquer des allergies après plusieurs contacts, plus fréquemment chez les professionnels qui les manipulent souvent
Les primevères d’intérieur (Fig.19) (pas celles du jardin) peuvent provoquer des plaques rouges et des cloques, de même que le lierre de jardin lors de l’arrachage sans protection, les plantes de la famille du « poison ivy » (Fig.20) bien connu des randonneurs en Amérique du Nord. Lors d’expositions plus chroniques, certaines mousses sur les arbres, certains bulbes comme ceux des tulipes, la manipulation d’artichauts, de tournesols, de camomille, peuvent donner des plaques sur la peau qui s’installent plus durablement. Il est alors parfois nécessaire de consulter en dermato-allergologie pour réaliser des tests allergologiques.
Comment prévenir ces réactions ?
- Apprenez à reconnaître les plantes à risque (des applications comme PlantNet® ou PictureThis® peuvent aider)
- Portez des gants et des vêtements couvrants au jardin
- Lavez-vous soigneusement la peau après manipulation
- Évitez d’appliquer parfums, huiles ou crèmes en contenant avant exposition au soleil
- Ne laissez pas les enfants jouer avec des feuilles ou cueillir des plantes inconnues
- En cas de réaction cutanée étrange, douloureuse ou persistante, consultez !
En résumé
Les plantes sont nos alliées, mais certaines peuvent devenir nos ennemies. Mieux les connaître, c’est mieux s’en protéger. Face à une dermatose “bizarre”, pensez toujours : “et si c’était une plante ?”
Diffuser cette information, c’est permettre à chacun d’éviter des accidents… parfaitement évitables.
Martine Avenel-Audran & Aurélie Du-Thanh