A l’occasion du Sidaction qui aura lieu les 27, 28 et 29 mars 2026, le Docteur Sébastien Fouéré, dermatologue et vénérologue au Centre Gratuit d’Information et Dépistage et de Diagnostic (CeGIDD) de l’hôpital Saint-Louis et membre de la Société Française de Dermatologie (SFD), fait le point sur les principales nouveautés en 2026 et rappelle les recommandations essentielles pour se protéger efficacement.
A l’heure où les infections sexuellement transmissibles (IST) connaissent une recrudescence en France et en Europe, les stratégies de prévention, de dépistage et de prise en charge évoluent.
Des infections en constante évolution
Les IST sont des maladies infectieuses par définition évolutives, liées à des agents microbiens capables de s’adapter rapidement aux traitements. Ces dernières années, plusieurs phénomènes marquants ont été observés :
- L’émergence du Mpox (anciennement variole du singe), qui a rappelé que certaines infections peuvent modifier leurs modes de transmission et inclure une transmission lors de contacts intimes prolongés.
- L’identification d’infections fongiques transmissibles lors de rapports sexuels, en cours de caractérisation.
- La progression des résistances bactériennes, notamment pour le gonocoque et Mycoplasma genitalium, deux bactéries devenues particulièrement difficiles à traiter.
« En matière d’IST, la nouveauté n’est pas toujours un nouveau médicament, mais souvent une adaptation permanente à l’évolution des microbes », souligne le Dr Sébastien Fouéré.
Dépistage : une accessibilité renforcée
Les techniques de dépistage (PCR, sérologies) n’ont pas profondément changé. En revanche, leur accessibilité a été considérablement améliorée.
Depuis septembre 2024, le dispositif Mon Test IST[1] permet aux jeunes de 18 à 26 ans de bénéficier d’un dépistage gratuit, sans ordonnance, dans tous les laboratoires de biologie médicale. Cette mesure vise à lever les freins financiers et administratifs au dépistage.
Par ailleurs, les CeGIDD continuent d’assurer une prise en charge gratuite, anonyme et globale : dépistage, traitement et accompagnement. L’objectif est de faciliter un diagnostic précoce afin de limiter les transmissions et les complications.
IST résistantes : adapter les stratégies
Face à la montée des résistances aux antibiotiques, la stratégie évolue :
- Ajustement régulier des recommandations thérapeutiques
- Utilisation de manière plus raisonnée des antibiotiques
- Recherche de nouvelles approches préventives
Si de nouveaux antibiotiques sont en cours d’évaluation, il est probable que la réponse à long terme repose également sur des stratégies vaccinales et une meilleure prévention.
Vaccins : un levier majeur de prévention
Plusieurs vaccins permettent déjà de prévenir certaines IST :
- Vaccination contre l’hépatite B, infection transmissible par voie sexuelle.
- Vaccination contre l’hépatite A, recommandée dans certaines situations d’exposition.
- Vaccination contre les papillomavirus (HPV), qui protège contre les verrues génitales et plusieurs cancers (col de l’utérus, anus, oropharynx).
Des recherches sont en cours concernant :
- Un vaccin contre le gonocoque,
- Des vaccins contre la syphilis et la chlamydia,
- Un vaccin contre l’herpès génital (les derniers essais n’ont pas démontré d’efficacité suffisante à ce stade).
PrEP VIH et doxy-PEP : où en est-on aujourd’hui ?
La PrEP VIH (prophylaxie pré-exposition) constitue aujourd’hui un pilier majeur de la prévention contre le VIH. Elle consiste à prendre un traitement antirétroviral avant une exposition potentielle au virus afin d’empêcher son installation dans l’organisme. Les molécules utilisées (ténofovir et emtricitabine) bloquent la réplication du virus en cas de contact, empêchant ainsi la contamination.
Deux modalités existent :
- Prise quotidienne, recommandée pour les personnes exposées de manière régulière,
- Prise « à la demande », encadrant les rapports sexuels à risque, selon un schéma précis validé scientifiquement.
Lorsqu’elle est correctement prise, la PrEP réduit de manière très importante le risque de transmission du VIH. Les molécules utilisées présentent aussi une activité contre le virus de l’hépatite B, ce qui constitue un bénéfice supplémentaire chez les personnes non immunisées.
Concernant la doxycycline en post-exposition (doxy-PEP) pour prévenir certaines IST bactériennes (notamment syphilis et chlamydia), les données internationales sont encore en cours d’évaluation. En France, la Haute Autorité de Santé n’a pas recommandé son usage généralisé, tout en reconnaissant que certaines situations ciblées peuvent justifier une utilisation encadrée médicalement.
Quels conseils en 2026 pour se protéger efficacement ?
Les principes fondamentaux restent inchangés :
- Utiliser un préservatif lors de rapports occasionnels ou en l’absence de dépistage préalable.
- Se faire dépister régulièrement en cas de partenaires multiples.
- Discuter et réaliser des tests en couple avant l’arrêt du préservatif.
- Se faire vacciner selon les recommandations (HPV, hépatite B, hépatite A).
- Consulter rapidement en cas de symptômes évocateurs.
- S’informer sur la PrEP VIH en cas d’exposition à risque.
Une prévention combinée et personnalisée
En 2026, la prévention des IST repose sur une approche association information, dépistage facilité, vaccination, adaptation des traitements et stratégies innovantes comme la PrEP.
La SFD tient à rappeler que la lutte contre les IST repose avant tout sur l’accès au dépistage, la vaccination et une information claire, accessible et non stigmatisante.
[1] https://www.ameli.fr/laboratoire-danalyses-medicales/exercice-liberal/prise-charge-patients/depistage-ist/mon-test-ist-depistage-en-laboratoire-sans-ordonnance