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  • Photoprotection externe
    actualisation 2014

    Pr Jean-Luc SCHMUTZ, Mai 2014


    Un enjeu de santé publique

    Plus personne ne doute aujourd'hui de l'intérêt d'une photoprotection. Celle-ci fait appel aux produits de protection solaire (PPS) qui occupent aujourd'hui une place importante.

    En effet, de nombreuses études contrôlées et randomisées ont clairement démontré que l'utilisation régulière de PPS a une réelle efficacité protectrice contre la plupart des effets délétères du soleil. Leur utilisation prévient le vieillissement cutané, diminue l'incidence des kératoses actiniques et des carcinomes spinocellulaires. Cet effet protecteur a été démontré dans la population générale chez les sujets immunodéprimés, comme les patients transplantés et chez les malades ayant un xeroderma pigmentosum.
    Chez l'enfant, l'usage de PPS diminue l'apparition des naevus. En matière de mélanome, plusieurs études contrôlées récentes démontrent que leur utilisation régulière diminue également le risque de survenue de mélanome, mais cette prévention n'est pas vérifiée pour le carcinome basocellulaire.

    Cet effet bénéfique se retrouve également en cas de prévention des photodermatoses et notamment de la lucite estivale bénigne.

    La protection contre les coups de soleil est complètement assurée par les PPS car ceux-ci absorbent essentiellement les UVB quand on sait que l'efficacité érythémale est essentiellement due aux UVB (95%) et très peu aux UVA (5%).

    Un peu d'Histoire

    Les premiers filtres organiques absorbant dans le domaine des rayons UV ont été introduits sur le marché des produits cosmétiques il y a plus de 80 ans en 1936 avec comme vocation unique d'éviter le coup de soleil et le bronzage généré par les seuls UVB. Grâce aux progrès dans les années 70 de la photobiologie et de la photodermatologie, les effets délétères des UVA ont été démontrés. Leur rôle est non discuté dans l'apparition de l'élastose solaire, dans les réactions photo-allergiques et photo-toxiques, dans l'induction des carcinomes cutanés et des mélanomes, et enfin dans l'immunosuppression. De nombreux progrès vont permettre l'obtention d'une protection la plus efficace et la plus complète possible avec une excellente tolérance. De nouvelles molécules photoprotectrices sont créées et évaluées.

    Cependant, il faut savoir qu'il n'existe pas une substance universelle capable de couvrir tout le spectre solaire et douée d'un pouvoir de protection totale. La mise au point d'un PPS repose sur le choix de plusieurs composés capables d'arrêter tout ou partie des rayonnements solaires. Ce photoprotecteur doit être chimiquement stable à la lumière, à l'air, à l'humidité et à la chaleur. Il doit pouvoir se fixer à la couche cornée et persister à la surface de celle-ci sans pénétrer dans les tissus vivants. Il doit être résistant à l'eau et à la sueur. Il ne doit pas présenter d'effets systémiques potentiellement néfastes pour la santé. Il doit avoir une tolérance locale irréprochable pour la peau et les muqueuses. Chaque photoprotecteur est inscrit dans une liste dite « positive ». En Europe, dans le cadre de l'annexe de la directive européenne 76/768/CEE consolidé en novembre 2007, 28 ingrédients (27 filtres ou écrans organiques et un écran minéral : le dioxyde de titane) figurent sur la liste des substances admises comme photoprotecteur dans les produits cosmétiques. L'oxyde de zinc est utilisé dans certaines formulations cosmétiques mais n'est pas listé au titre d'une photoprotection en Europe.

    Les recommandations de l'AFSSAPS

    En France, un groupe d'experts réuni par l'AFSSAPS a proposé des recommandations qui ont été validées par la commission européenne le 22 septembre 2006 sous le titre : Recommandations relatives aux PPS et aux allégations des fabricants quant à leur efficacité et notifiées sous le N° C(2006) 4089 (en France parution au JO L265 du 26 septembre 2006).

    Ces recommandations qualifient les qualités intrinsèques nécessaires en terme de rémanence dans les conditions habituelles d'utilisation et de photostabilité et elles imposent une protection contre les UVA de grande longueur d'onde (UVA1) en harmonie avec la protection offerte contre les UVB. Ne peuvent ainsi revendiquer le qualificatif de produit de protection solaire que les produits qui réunissent l'ensemble des trois critères suivants :

    • un facteur de protection solaire (FPS ou SPF qui ne qualifie que la seule protection contre les UVB) mesuré selon la méthode COLIPA d'au moins 6.
    • pour chaque valeur du SPF, une valeur de protection UVA (C PUVA) établie à partir de la pigmentation immédiate persistante (persistant pigment darkening ou PPD) suffisante pour que le ration SPF/C PUVA soit inférieur ou égal à 3.
    • une longueur d'onde critique, Lc (paramètre qui qualifie l'extension de la protection aux UVA1) minimale de 370 nm.

    Ces recommandations encadrent également l'étiquetage de manière à faciliter la lisibilité et de guider le consommateur pour le choix du produit.

    Les PPS sont ainsi classés en seulement 4 catégories :

    • protection faible : SPF mesuré 6 à 14, affiché 6 ou 10 ;
    • protection moyenne : SPF mesuré de 15 à 29, affiché 15, 20 ou 25 ;
    • haute protection : SPF mesuré de 30 à 59, affiché 30 ou 50 ;
    • très haute protection : SPF mesuré ≥ à 60, affiché 50+.

    Les PPS, pour quelle efficacité ?

    L'efficacité des PPS est strictement liée à une application correcte en terme de rythme et de quantité appliquée. Il est important d'expliquer comment appliquer uniformément une quantité suffisante de PPS sur une peau propre et bien séchée avant l'exposition solaire, de renouveler au cours de la journée l'application, surtout après la baignade, sudation intense, activité physique. Il est également nécessaire d'expliquer aux utilisateurs que les PPS à très haute protection ne doivent pas encourager les expositions prolongées au soleil, ni la diminution de la fréquence d'application.

    Les PPS ou photoprotecteurs externes ont beaucoup évolué depuis les formulations à base de filtres minéraux appelés ultérieurement écrans, produits très blancs et très pâteux qui donnaient un aspect de masque de Pierrot jusqu'aux filtres UV aux galéniques de plus en plus transparentes. Les filtres minéraux sont des particules d'origine minérale : dioxyde de titane et oxyde de zinc, qui reflètent et difractent les radiations UVA et UVB. Le maximum d'absorption est à 308 nm pour le dioxyde de titane, sa protection est sommaire entre 320 et 340 nm. Pour l'oxyde de zinc, l'absorption est meilleure dans le domaine des UVA longs jusqu'à 380 nm.

    La photoprotection : et les risques ?

    Les filtres minéraux classiques ont des tailles d'environ 200 nm et ne provoquent pas d'allergie cutanée car ils ne pénètrent pas au niveau cutané. Ils ont comme inconvénient une galénique peu agréable et une couleur blanchâtre après application d'où l'apparition de nouvelles formulations avec des particules de plus petite taille, inférieures à 100 nm appelées nanoparticules ou micronisées. Il existe peu d'informations aujourd'hui sur leur pénétration cutanée, ni sur leur risque pour l'organisme et pour l'environnement. Ce risque des nanoparticules résulte de leur taille qui leur permet de se combiner aux protéines pour former un haptène et générer des radicaux libres. En principe, elles ne traversent pas la couche cornée, mais les études sont contradictoires car réalisées sur peau saine, sans irradiation prolongée. Il apparaît prudent d'éviter les applications itératives sur de grande surface en particulier chez l'enfant.

    Les filtres chimiques sont des molécules de synthèse qui absorbent les radiations UV.

    La même question de passage systémique se pose avec les filtres chimiques. La pénétration semble très variable d'un filtre à l'autre d'où la réalisation de nouvelles formulations, soit par modification de l'excipient, soit par l'encapsulation des produits actifs dans des microsphères lipidiques. Cette pénétration transcutanée peut elle avoir des conséquences sur la santé ? Des effets potentiels oestrogéniques ont été rapportés mais il s'agit de travaux expérimentaux chez l'animal et uniquement après prise orale, sans rapport avec les conditions d'utilisation des PPS chez l'homme. Un risque lié aux PPS parait peu réaliste mais il est souhaitable de limiter la multiplication et la concentration des filtres chimiques dans la composition des PPS, de limiter l'addition des filtres dans les autres produits cosmétiques (crèmes de jour, anti-âge, lotions, lipsticks, laques capillaires, shampoings…) de façon à réduire la multiplication des sources de pénétration transcutanée, ainsi que la contamination de la biosphère et donc de la chaîne alimentaire.

    Une autre question souvent évoquée lors de l'utilisation des PPS concerne la synthèse de vitamine D. La revue de la littérature montre qu'aucune étude randomisée ou longitudinale n'a établi qu'un usage régulier de PPS pouvait réduire la synthèse cutanée de vitamine D. Dans la « vraie vie », l'usage des PPS n'affecte probablement pas les taux de vitamine D. En conséquence, il n'y a pas de raison de redouter l'usage des PPS chez les sujets sains.

    Presque tous les filtres peuvent induire des irritations se traduisant par des sensations de picotements, de brûlures ou de prurit survenant rapidement après l'application.

    Des allergies sous forme d'eczéma de contact peuvent apparaître sur les zones d'application du produit. Le diagnostic est fait par réalisation de tests allergologiques de contact. Il peut être du aux conservateurs (kathon CG, euxyl 400), aux parfums ou aux filtres eux-mêmes (PABA, octylPABA, méthylbenzylidène camphre, benzophénones, cinnamates, dibenzoylméthane, salicylates…).

    La photo-allergie de contact ressemble à l'allergie de contact mais prédomine aux zones photo-exposées. L'exploration photobiologique confirme le diagnostic. Les produits en cause sont l'octylméthylPABA, les cinnamates et surtout les benzophénones avec notamment l'oxybenzone du fait de son utilisation répandue dans de nombreux cosmétiques. Les benzophénones ont un noyau similaire à celui du kétoprofène ce qui explique les réactions croisées avec l'anti-inflammatoire non stéroïdien.

    Plus récemment, ont été décrites des photo-allergies à l'octocrylène. Celui-ci peut induire plusieurs types de réactions cutanées (photo-allergie de contact, allergie de contact). Des allergies croisées avec le kétoprofène ont également été rapportées alors qu'il n'y a pas de parenté chimique entre eux. S'agit-il d'une co-sensibilisation ou d'une très grande photoréactivité des patients sensibilisés au kétoprofène ?

    Ce qu'il faut retenir pour bien se protéger du soleil

    Les PPS occupent une place importante en photoprotection et sont efficaces contre la plupart des effets délétères du soleil et protègent notamment contre les cancers cutanés. Cette photoprotection doit être bien comprise et utilisée de façon intelligente associée à une photoprotection vestimentaire et à un comportement « responsable » vis-à-vis du soleil

    Leur application correcte est une condition importante pour que leur efficacité soit réelle.

    Pour le choix du produit, il est souhaitable de privilégier les crèmes qui ont une meilleure adhérence à la couche cornée, d'éviter les présentations en sprays pour les produits composés de filtres minéraux qui par ailleurs ne doivent pas être utilisés sur une peau lésée ou après un coup de soleil. Les recommandations du bon usage des PPS élaborées par l'AFSSAPS sont consultables en ligne [PDF].


    Références

    • IONESCU MA, Filtres chimiques et minéraux : quoi de neuf ? Nouv Dermatol 2011 ; 30 : 392-7
    • THOMAS P, Bénéfices/risques des antisolaires, Réalités thérapeutiques en Dermato-vénéréologie n°207 juin 2011 : 11-5
    • BEANI JC, Produits de protection solaire : efficacité et risques, Ann Dermatol Vénéréol 2012 ; 139 : 261-72
    • MEUNIER L, Photoprotection externe, Réalités thérapeutiques en Dermato-vénéréologie n°158 juin 2006 : 19-22

    Dernière mise à jour : 06-07-2017