
Perdre ses cheveux n'a pas la même signification chez un homme, une femme, un adulte ou un enfant, et selon que l'on perd tous ses cheveux ou seulement quelques plaques.
L'alopécie et la lutte contre la chute des cheveux datent de la nuit des temps. Les preuves les plus anciennes remontent à l'époque des Egyptiens qui avaient déjà mis au point des potions dont le but était de maintenir les cheveux en place sur la tête. La chevelure a, en effet, une connotation incontestable de séduction chez la femme, mais aussi chez l'homme. Elle est un symbole de force comme le suggère le texte de l'Ancien Testament qui décrit la perte de la force du colosse Sanson lorsqu'on lui tond la tête. Pour les Mérovingiens, une chevelure fournie est synonyme de virilité. Tous ces qualificatifs n'ont, bien sûr, aucun fondement médical. La meilleure preuve c'est que, concernant la virilité, le contraire a également été évoqué, puisque certaines rumeurs ont laissé penser que les hommes chauves sont les plus virils, en raison d'une quantité d'hormones masculines supérieure à la normale.
Alopécie est un terme compliqué qui vient du grec « alopex » signifiant « renard ». C‘est en référence à la chute abondante de la fourrure de ces animaux, chaque printemps, lorsque le soleil reprend ses droits. Les anciens ont donc choisi ce vocable pour désigner la perte des cheveux. En fait, l'alopécie, appelée également calvitie, correspond au fait qu'il y ait moins de cheveux sur la tête. Le terme de calvitie correspond plus volontiers aux chutes de cheveux héréditaires : les hommes chauves de père en fils. Les alopécies, elles correspondent à un concept plus large, puisqu'elles qu'elles décrivent également la perte des cheveux diffuse, en plaque ou chez la femme, bref la perte des cheveux quelle qu'en soit la cause.
C'est une évolution très banale et fréquente de la vie normale du cheveu. La calvitie, ou alopécie androgénétique, qui n'est pas une maladie, débute après la puberté, le plus souvent avant quarante ans. Elle touche environ 15% des hommes à l'âge de 20 ans, 30% à 30 ans et un sur deux à cinquante ans. La perte des cheveux est d'autant moins bien vécue qu'elle commence tôt. Quand l'alopécie androgénétique est sévère, elle apparaît juste après la puberté, parfois chez des enfants de 12 ou 13 ans. Les formes moins sévères apparaissent plutôt à partir de la trentaine et évoluent régulièrement avec l'âge.
La calvitie dépend de certaines hormones mâles (les androgènes), d'où le nom scientifique d'alopécie androgénétique. Il n'y a jamais de calvitie chez les eunuques ou les castras d'opéra : pas d'androgènes, pas de calvitie. Les hormones mâles jouent un rôle clé dans le mécanisme de ce type de perte des cheveux, ce qui explique également que la calvitie masculine ne débute qu'après la puberté.
La testostérone est en cause dans la calvitie mais indirectement. Cette hormone doit être transformée en dihydrotestostérone (DHT) par une enzyme, la 5 alpha réductase, pour devenir active et provoquer la chute des cheveux. La DHT va emballer le processus de fabrication des cheveux qui vont se renouveler de plus en plus vite. Au bout de 25 cycles, le follicule s'épuise et les cheveux deviennent de plus en plus fins, jusqu'à devenir un fin duvet clair sans aucun pouvoir couvrant.
Puis, le follicule meurt et disparaît. C'est contre cette transformation hormonale que sont dirigés certains médicaments en empêchant la transformation de la testostérone en DHT.
Dans « androgénétique », il y a aussi le terme « génétique ». On retrouve, en effet, très souvent des problèmes de chute de cheveux chez l'un des parents ou l'un des grands-parents. Mais ce n'est pas systématique car la transmission par les chromosomes peut sauter une ou deux générations. Parfois, une partie des gènes nécessaires est amenée par la mère et une autre partie par le père, alors qu'aucun des deux ne présente de chute des cheveux.
De façon naturelle, les cheveux des femmes ne tombent pas régulièrement et de la même façon tout au long de l'année. Il existe des variations saisonnières, et des chutes plus importantes sont observées au printemps et surtout en automne.
Au cours de la grossesse une chute de cheveux est possible pendant la première moitié alors que la seconde moitié de la grossesse protège la femme enceinte contre la chute naturelle des cheveux. Une chute réactionnelle plus ou moins importante s'observe systématiquement à partir de la sixième semaine qui suit l'accouchement ou un peu plus tard si la femme allaite.
Certaines pilules contraceptives peuvent aggraver les chutes de cheveux, et d'autres peuvent, au contraire, les ralentir. L'arrêt, ou la reprise de la pilule peuvent également modifier la croissance naturelle des cheveux.
L'alopécie androgénétique féminine diffuse est très fréquente. Elle concerne environ 20% des femmes à l'âge de 40 ans. Elle entraîne un préjudice esthétique très variable en fonction de son intensité. Comme il existe plusieurs mécanismes possibles de chute de cheveux diffuse chez la femme, une consultation médicale est indispensable pour en établir la cause.
L'interrogatoire et l'examen physique par le médecin sont indispensables pour déterminer précisément la cause de l'alopécie diffuse de la femme. Une fois toutes les causes possibles éliminées, on considère qu'il s'agit d'une alopécie androgénétique d'origine familiale, un peu comme chez l'homme. On parle alors de calvitie féminine banale. Cette alopécie n'apparaît jamais avant la puberté.
Le mécanisme d'apparition de cette alopécie chez la femme est plus mystérieux que chez l'homme. Les hormones jouent un rôle moins important que chez l'homme et les médicaments anti androgènes ne sont pas toujours efficaces. Le minoxidil en lotion est alors le traitement de référence.
Contrairement aux alopécies diffuses, les alopécies en plaques entraînent une disparition des cheveux sur des zones limitées du cuir chevelu. Selon l'aspect des plaques et celui des cheveux, il peut s'agir de teigne, de pelade, d'alopécie de traction ou de trichotillomanie.
L'association de plaques d'alopécie à des squames (pellicules), à des cheveux cassés courts, à des pustules ou à des croûtes doit avant tout faire penser à la teigne, qui est une atteinte des cheveux par des champignons microscopiques. Ils se développent sur le cheveu ou à l'intérieur de celui-ci, suivant le type de champignon. Cela fragilise le cheveu qui devient cassant sur la zone limitée du cuir chevelu qui est parasité par le champignon.
Après un contact direct avec une personne présentant elle-même une teigne, la maladie se développe plus facilement si le cuir chevelu est fragilisé ou s'il existe des microtraumatismes. Les peignes, brosses, tondeuses familiales et autres instruments en contact avec les cheveux peuvent transmettre la teigne. La chute des cheveux se fait progressivement. La teigne est une maladie contagieuse. Il faut donc repérer rapidement le champignon responsable, faire des prélèvements dans la famille et traiter tous les proches contaminés et porteurs du champignon en même temps que le patient atteint.
Certaines teignes sont très inflammatoires. La teigne est alors en relief, suintante, suppurée. On appelle cela un kérion. Un kérion peut entraîner des cicatrices et des chutes de cheveux définitives.
Il arrive qu'il y ait des surinfections suite à un grattage intempestif. Cela se traduit par de l'impétigo, des ganglions…
Quand les plaques d'alopécie sont lisses (cuir chevelu à nu, sans cheveux, ni croûte, ni pustule), il y deux causes à évoquer : la pelade ou la trichotillomanie.
La trichotillomanie correspond à un tic d'arrachage. Le patient, souvent un enfant, enroule ses cheveux dans ses doigts en tirant dessus jusqu'à se les arracher. Il peut faire ce mouvement répétitif inconsciemment, dans la journée, mais aussi pendant son sommeil, sans vraiment s'en rendre compte. On retrouve alors le matin, des cheveux cassés net sur l'oreiller.
En examinant le pourtour de la zone dégarnie, on peut noter la présence de cheveux cassés de taille variable. La trichotillomanie apparaît souvent suite à un choc psychologique ou à une situation de conflit. C'est une pathologie qui évolue par poussées. Lorsque l'enfant l'évoque spontanément, le pronostic est plutôt favorable. S'il s'arrache les cheveux en cachette et cherche à dissimuler son habitude, à l'entourage, il y a probablement une cause psychiatrique sous-jacente qui complique le tableau et rend la guérison plus aléatoire. La guérison des trichotillomanies chez l'adulte est beaucoup plus difficile et repose sur la mise en place d'une thérapie comportementale et parfois d'un traitement antidépresseur.
La pelade est une maladie auto-immune. Cela signifie que le système immunitaire de l'individu va diriger une réaction contre ses propres cheveux. Cependant, la racine du cheveu n'est jamais complètement détruite, ce qui explique que les cheveux repoussent toujours, une fois la pelade terminée (sauf dans le cas de certaines pelades totales ou universelles). Il existe aussi une prédisposition génétique à la pelade.
Près de 2 pelades sur 3, touchant moins de 40% de la surface du cuir chevelu, repoussent totalement en 6 mois et 15 à 25% des pelades décalvantes évoluant depuis plus d'un an repoussent spontanément ou sous placebo. Le délai de la repousse est variable, et le but des traitements est d'accélérer la guérison.
La pelade évolue par poussées, avec des périodes de chute des cheveux et des périodes de repousse. Les localisations sont variables selon le type de pelade. Lorsqu'elle se présente sous forme de plaques multiples, sans systématisation particulière on parle de pelade en plaques.
Dans la pelade ophiasique, la localisation de début est spécifiquement au niveau de la nuque et elle progresse vers l'arrière des oreilles. Elle est souvent plus difficile à traiter que la pelade en plaques.
Les pelades décalvantes totales touchent la totalité du cuir chevelu et les pelades universelles intéressent l'intégralité des poils du corps, y compris pubis et aisselles, cils et sourcils.
Il est important de rassurer les familles qui culpabilisent souvent lorsqu'une pelade touche des membres de la fratrie. Le stress a longtemps été accusé à tort. Mais aucune preuve scientifique n'a pu étayer cette hypothèse. Cette maladie est difficile à supporter et un soutien psychologique est souvent le bienvenu. Il permet d'aider les patients à vivre avec la pelade ou à en supporter les conséquences. C'est au cours de ces consultations que l'enfant, en particulier, pourra évoquer sa relation avec les autres ou son vécu en milieu scolaire.
Une association existe en France, comme dans la plupart des pays actuellement. Elle se donne pour objectifs d'informer patients et médecins et de recueillir des fonds pour aider la recherche : Alopecia Areata Association (AAA) (Complexe médical du Lycée, 36, route d'Eaunes, 31600 Muret).
La chute de cheveux n'est pas systématique au cours de toutes les chimiothérapies, cela dépend des produits utilisés. Lorsqu'il existe une chute de cheveux celle-ci débute environ 4 à 6 semaines après la première cure de chimiothérapie. Aucun médicament préventif ne peut empêcher cette chute. La chimiothérapie détruit les cellules cancéreuses qui se multiplient rapidement, mais elle détruit également, transitoirement, les cellules des racines de cheveux qui se multiplient également très vite. Au cours de certaines chimiothérapies, le port d'un casque réfrigérant peut limiter les chutes de cheveux, mais ces casques sont parfois difficiles à supporter.
Après la chimiothérapie la repousse est systématique.
Perdre ses cheveux n'a pas la même signification chez un homme, une femme, un adulte ou un enfant, et selon que l'on perd tous ses cheveux ou seulement quelques plaques.
Article paru le 06-10-2008 · 22403 vue(s).
Comité de rédaction de la SFD
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